Annoncé dans le Noir
L'oiseau a voulu se poser sur la
main de l'homme,
mais l'homme a refermé la main
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Assise sur un banc, une petite vieille..
Elle émiette un bout de pain. le regard est vide, les gestes sont lents..
Entrée d'une journaliste..
Elle s'assoit à coté de la petite vieille..
La journaliste
Vous n'êtes pas à l'enterrement ?
La petite vieille
Je n'aime pas les enterrements !
La journaliste
Vous étiez son amie !.. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit !
La petite vieille
Vous êtes quoi, journaliste ?
La journaliste
Oui.
La petite vieille
Et vous vous intéressez aux morts ?
La journaliste
Disons que celui ci m'intrigue !.. J'ai questionné tout le village à son sujet. Sans succès. A croire que tout le monde s'en fout !
La petite vieille
Vous vous trompez. Tout le village l'aimait bien, mais quand le cœur est triste, on serre les dents pour qu'il ne sorte pas de la bouche !
La journaliste
Vous l'avez connu comment ?
La petite vieille
Qu'est ce que ça peut vous fiche ?.. Envie d'étoffer votre rubrique faits divers ?
La journaliste
elle semble sincère
Envie de savoir !
La petite vieille
après avoir hésité
C'était il y a 5 ans. Il est venu s'asseoir sur ce banc et il m'a dit bonjour. Il devait avoir dans les 3O ans, peut être plus, car son sourire était usé. Il avait les cheveux tout frisés, plutôt longs, et une petite cicatrice en demi-lune, là, sur la joue. Il est resté 10 minutes sans rien dire, mais je devinai qu'il se parlait en dedans. Ça se voyait à ses yeux qui s'imprégnaient de tout. Et puis, il s'est tourné vers moi, et il m'a dit.. j'aime ce village !
La journaliste
C'est tout ?
La petite vieille
Oui..
La journaliste
Et ensuite ?
La petite vieille
Rien ! On est resté une heure, comme ça, sans rien se dire. Ou plutôt si. mais on se parlait du bout des cils..
La journaliste
Il s'est installé au village ?
La petite vieille
Oui. Oh, au début, les gens se sont méfié. mais c'était un vaillant, dur au mal, et toujours prêt à rendre service. D'abord, on a dit de lui, l'étranger. Et puis, petit à petit, les gens se sont mis à l'appeler le Frisé.. J'aimais bien discuter avec lui, même si on était pas toujours d'accord. Un jour, il m'a dit que Dieu n'existait pas, qu'il avait été inventé par les hommes, comme l'aspirine, mais que lui, il préférait l'aspirine. Ca m'a fait un petit peu mal, parce que, moi, j'y crois au bon dieu. Enfin, j'y crois du bout de ma canne, ça m'aide à marcher.. Je lui ai alors demandé s'il n'avait jamais cru en Dieu, et il m'a répondu que oui. Que quand il était petit, chaque fois qu'il voyait un arbre, il se disait que le bon dieu d'amour était caché derrière. Et puis, un jour, il a fait le tour de l'arbre, et il n'a rien vu. Alors, il n'a plus vu que l'arbre, et il a cru à l'arbre !.. Sacré frisé !..
La journaliste
Que s'est il passé exactement ?
La petite vieille
Rien. Ce qu'on appelle un fait divers !
La journaliste
Comment est il mort ?
La petite vieille
Il y a eu la fête au village. C'est venu de partout. Même de la ville. Ca dansait, ça riait, ça chantait, ça vivait..
La journaliste
Et alors ?
La petite vieille
Et alors.. Deux à trois gars de la ville ont bu plus que de raison. Ils ont fauché des carabines à un stand de tir, et ils ont fait un carton sur les pigeons de la place. le frisé a tenté de les raisonner. Et ils lui ont tiré dessus !.. Voilà, c'est tout !..
La journaliste
Mourir pour un pigeon, c'est idiot !
La petite vieille
Mais il n'est pas mort pour un pigeon. De son vrai nom, il s'appelait Mohamed Ben Larbi. Mais pour nous, au village, c'était le Frisé. Rien d'autre que le Frisé.. Vous savez, quand il a fait le tour de l'arbre, et qu'il n'a rien vu, il se trompait. Oui, il se trompait. A moins bien sur qu'il n'ait fermé les yeux, exprès, pour ne pas voir.. parce que, moi, je sais que, derrière cet arbre, il y a la haine !..
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Pigeon vole / Georges Berdot