Les Pendules de Malac

d'après le roman de  Daniel Apruz

Adaptation de  Georges Berdot

 

 

 

 

Distribution

 

Nicolas                      2O ans, doux, amoureux de Pauline, gardien de l'heure..              

Radinet                     4O ans, aigri, méchant, il déteste les chats..

Farina                       4O ans, boulanger pâtissier, personnage à la Pagnol..

Tropano                    4O ans, concierge, ne s'exprime que par "Ben ça alors"..

Larédo                      4O ans, docteur, ambitieux, pompeux, pleutre..

Fred                          2O ans, doux, amoureux de Pauline, sourcier..

Mr le Maire               5O ans, la tête de l'emploi, un manque évident de personnalité..

                                                          Peut être joué par une femme..

Titi Pissou                 7O ans, espiègle, un conteur hors pair..

Eloi Dumas               6O ans, ancien instituteur, aigri, un bon fond tout de même..

Léonard                    5O ans, militant, sympa, le père de Pauline et de Julie, séparé de sa femme Sylvie..

Mr Pluche                 4O ans, hôtelier, artiste peintre refoulé, macabre..

Lavandu                    6O ans, retraité, il vit seul..

                                                          Peut être joué par une femme

Sébastien Pichon      4O ans, jambe de bois, jovial, coureur, réparateur de robinets..

Juliette Farina           3O ans, la femme du boulanger, un tempérament de feu..

Mme Pignon             4O ans, pharmacienne, grande bourgeoise, très forte personnalité..

Mme Durand             4O ans, commère..

Mme Dupont             4O ans, commère..

Pauline                     2O ans, douce, fille de Léonard et de Sylvie, amoureuse de Fred et de Nicolas..

Julie                          2O ans, la sœur de Pauline, douce, tendance à grossir..

Mme Grospierre         6O ans, douce, souffrant de l'absence de son fils..

Mme Azam                4O ans, prostituée..

La charcutière           4O ans, une forte présence..

La mercière               5O ans, vieille fille, effacée..

Mme Martin               4O ans, méchanceté extrême..

Mme Bichu                4O ans, elle marie sa fille, un coté "je veux paraître"..

La mère Mochet        5O ans, elle a perdu ses deux fils)

La secrétaire de mairie       2O ans, pertinente, intelligente..

Périclès                     4O ans, méchanceté extrême, elle travaille à la mairie, haineuse, hystérique..

                                                          Peut être joué par un homme

 

Autres personnages (Ces personnages peuvent être joués par les comédiens figurant déjà dans un autre rôle)  n'apparaissant que le temps d'une scène..

 

Le fils Grospierre        3O ans, il a réussi, déplaisant..

Un homme nu            .........

Le Mr sans âge           5O ans, doux, affable..

Un passant                  .........

Un client d'hôtel         .........

La dame sans âge      5O ans, douce, affable..

 

 

Agencement scénique..

 

Plusieurs espaces scéniques dont une très (très) grande scène..

Des points lumineux. On passe de l'un à l'autre. Effets de bascule. Eclatement du temps..

Un puzzle, un kaléidoscope..

 

 

 

Scène 1

 

Nicolas, assis sur un tabouret

Nicolas

Je ne sais rien de Malac. Tu penses à quelqu'un que tu n'as pas vu depuis longtemps, tu cherches son visage et tu cherches sa voix. C'est Malac. Tu crois revoir une amie perdue, tu la suis dans la rue, tu l'appelles, et ce n'est pas elle. C'est Malac. Je ne sais rien de Malac. A Malac, le ciel était plus haut qu'ailleurs, plus en pente, plus capricieux. Mais je ne sais pas s'il y a vraiment un ciel au dessus de Malac. Tout ce que je sais de Malac tiendrait dans une dent creuse, et ça fait une douleur flamboyante quand on appuie dessus.

 

 

Un palier. Deux portes. Le départ d'un escalier..

Radinet traîne le corps d'une vieille femme.. Il s'arrête pour souffler..

 

Radinet

Et merde !.. Trois étages que je me traîne cette petite vieille !.. J'en peux plus  !.. . Mais qu'est ce qui lui a pris à cette putain de vieille de venir crever devant ma porte ?.. Je la connaissais  même pas !.. J'ouvre ma porte, et crac, je bute dessus, et je me prends une gamelle !.. Je vais la laisser là !.. Trois étages, c'est suffisant !.. 

 

Radinet disparaît dans l'escalier..

 

Une porte s'ouvre..

Mme Martin sort. Elle  voit le corps. Elle prend peur..

 

Mme Martin

        rentrant précipitamment chez elle

Gaston !.. Gaston !..

 

Elle revient. Un homme (son époux) l'accompagne.. Il est en pyjama (son épouse est venue le chercher alors qu'il se rasait)..

 

Mme Martin

Tu vois, j'ai rien inventé !.. Tu as vu, elle a les yeux grands ouverts !.. Elle est morte ?

Mr Martin

Ca m'en a tout l'air !

Mme Martin

Mais qu'est ce qu'on va faire ?.. On peut tout de même pas la laisser là !.. Faudrait peut être appeler les flics !..

Mr Martin

T'occupes, on va pas s'emmerder avec les flics !

Mme Martin

Mais qu'est ce qu'on va faire ?

Mr Martin

T'occupes !

 

Il charge la petite vieille sur son épaule..

 

Mme Martin

Mais qu'est ce que tu fais ?

Mr Martin

T'occupes !

 

Il disparaît dans l'escalier avec le corps de la petite vieille..

 

Mme Martin

Holalalala, quelle histoire, mon dieu, quelle histoire !..

 

Retour de Mr Martin sur le palier..

 

Mme Martin

Où qu'elle est ?

Mr Martin

Je l'ai laissé deux étages en dessous !

Mme Martin

Mais tu..

Mr Martin

        l'interrompant

 T'occupes ! On va pas s'emmerder pour une petite vieille !..

         Et il rentre chez lui..

Nicolas

Et c'est comme ça que la petite vieille a fait tous les étages. A 1O heures, elle était au 5ème. A midi, au second. A 15 heures, au rez de chaussée, devant la loge du gardien..

 

Le hall d'un immeuble..

Tropano se trouve là. Il regarde le corps de la petite vieille..

 

Tropano

Ben ça alors !..

Nicolas

Il était comme ça le gardien de l'immeuble. Tropano qu'il s'appelait. Avant, il travaillait à l'usine Bertot. le jour où il a reçu sa lettre de licenciement, il a dit..

Tropano

Ben ça alors !..

Nicolas

Et depuis, il n'a jamais dit autre chose..

Tropano

Ben ça alors !..

Nicolas

Tropano aurait bien voulu appeler les flics, mais ça ferait des tas d'histoires. Qui sait si on ne lui reprocherait pas être un mauvais gardien d'immeuble. Alors, il a attendu le soir pour sortir le corps de la petite vieille, et il a été le mettre dans le bâtiment d'à coté..

Tropano

        traînant le corps

Ben ça alors !..

Nicolas

Pendant trois jours, la petite vieille s'est baladée dans tout Malac. Mais personne n'en voulait. A la fin, on l'a retrouvé au milieu d'une pelouse. Les flics sont venus et ça s'est terminé comme ça. Personne n'a jamais su qui c'était cette petite vieille aux yeux grands ouverts.. Et voilà pour l'histoire de la petite vieille !..

 

Scène 2

 

Une pharmacie..

Le docteur Larédo est en pleine discussion avec Mme Pignon la pharmacienne..

 

Larédo

Vous souriez ?

Mme Pignon

Je vous aime bien, docteur, mais de là à partager votre optimisme. Non . Vous ne trouverez aucune source à Malac !

Larédo

Ecoutez, je me suis renseigné, et tout laisse à penser qu'une nappe phréatique existe bel et bien dans le sol !.. Du reste à Malac, on utilise des expressions qui ont perdu leur sens mais qui donnent à penser qu'il y avait dans les temps anciens des sources quelque part ! On dit par exemple.. Fille sans règle se trempe à la fontaine Angèle ! Ou bien encore.. Mal de ventre, fontaine du centre ! Je vous accorde que personne ne connaît l'emplacement de ces sources ! Excepté peut être ce Titi Pissou, qui ne raconte que ce qu'il veut et à qui il veut !..

Mme Pignon

Docteur Larédo, je connais fort bien ce Titi Pissou. C'est un vieil original, et il me parait difficile d'ajouter foi à ses histoires !..

Larédo

Détrompez vous ! Sans prendre tout ce qu'il dit au pied de la lettre, et en faisant la part des choses, il doit bien y avoir une part de vérité enfouie là dedans !

Mme Pignon

J'admire votre confiance !

Larédo

Vous me trouvez naïf, n'est ce pas ? Mais je tiens pour certain qu'il y a dans le sol de Malac, sous les maisons, des eaux minérales qu'il suffirait de trouver, puis de commercialiser !.. J'ai engagé un jeune garçon. Fred..??.. Ha, son nom m'échappe !..  Enfin, moyennant un petit pécule, ho il ne m'en coûte pas grand chose, il visite toutes les caves de Malac.

Mme Pignon

A t'il trouvé une source ?

Larédo

Non, pas encore !.. Mais il trouvera !

Mme Pignon

Je connais ce Fred !Il fricote avec la petite Pauline ! Laquelle sort également avec un dénommé Nicolas ! Curieux couple que ces trois là !

Larédo

Fred est un brave garçon, honnête, travailleur. Je lui fais confiance!..

Mme Pignon

Ecoutez, docteur, je veux bien croire que l'eau d'une source pourrait faire la fortune de Malac, et de ses.. notables, mais il m'est difficile..

Larédo

        l'interrompant

Il trouvera, vous dis je !

Mme Pignon

Que Dieu vous entende !..

 

Scène 3

 

Un bureau. Périclès et Nicolas..

 

Périclès

Votre nom, c'est comment ?

Nicolas

Nicolas !

Périclès

Moi, c'est Périclès. Je suis votre chef de service. Vous apprendrez à me connaître. J'espère que vous prendrez votre travail à cœur. Votre prédécesseur n'était qu'un bon à rien. Je l'ai renvoyé. Vous aurez une casquette, il faut la porter. Elle doit être sur votre tête. Votre travail n'est pas difficile. Vous remettrez les 17 pendules de Malac à l'heure. Il faut du sérieux, de la régularité. Ces pendules..

 

Périclès continue de parler et de gesticuler, mais on ne l'entend plus..

Nicolas se tourne vers le public..

 

Nicolas

Je m'appelle Nicolas. Je suis l'ami de Fred, et celui de Pauline. Je travaille à la mairie. En vérité, je garde l'heure de Malac. 17 pendules. Et elles sont toutes déréglées. Alors, je vais d'une pendule à l'autre avec une perche en duralumin. Et avec le bout de la perche, je pousse les aiguilles. C'est un travail ingrat. Dès que j'ai le dos tourné, les pendules se remettent à dire n'importe quoi. Elles n'en font qu'à leur tête. Ca fait longtemps déjà, qu'à Malac, on se bat contre les pendules. mais personne n'a jamais pu les réparer. Alors, je me contente trois fois par jour de remettre les aiguilles à la bonne place. Pauline n'aime pas les pendules. Elle dit comme ça qu'elles font vieillir les gens. Moi, je fais mon travail du mieux que je peux. mais je crois bien que je perds mon temps..

 

La voix de Périclès se fait de nouveau entendre..

 

Périclès

.. sans bonne volonté !.. Vous me comprenez ?

Nicolas

.. Oui !..

Périclès

Et chaque soir vous viendrez me rendre compte !

 

Scène 4

 

 Un square. Une statue de femme nue. Un banc..

Mme Durand est assise sur le banc. Elle semble effondrée..

 

Arrivée de Mme Dupont..

 

Mme Dupont..

..??.. Ca ne va pas, Mme Durand ?

Mme Durand

La statue, vous avez vu la statue ?

Mme Dupont

        regardant la statue

Ha, je vois avec plaisir qu'on lui a enfin retiré le soutien-gorge qu'elle portait depuis quelques temps !.. Saleté de gosses avec leurs plaisanteries ridicules !..

Mme Durand

        toujours aussi effondrée

Un tampax !

Mme Dupont

Quoi ?

Mme Durand

Il lui ont collé un tampax !

Mme Dupont

..!!..

 

Scène 5

 

La chambre de Pauline..

Pauline est étendue sur le lit. Fred est au pied du lit, il consulte un plan..

 

Fred

Rien, toujours rien !.. Pas la moindre source !.. Tout juste quelques tuyauteries qui fuient !..

        voyant Pauline songeuse, amusé.

Pauline, tu ne m'écoutes pas !

Pauline

        elle sourit

Nicolas a trouvé du travail !

Fred

C'est bien !

Pauline

C'est lui qui doit remettre les pendules de Malac à l'heure !.. Je n'aime pas ces pendules. Elles te regardent, elles te guettent, et elles disent n'importe quoi. Titi Pissou raconte qu'autrefois il n'y avait pas de pendules à Malac !.. Tu souris ?

Fred

Oui. Je pensais à Nicolas. C'est amusant. Lui dessus, et moi dessous !..

Pauline

Fred ?

Pauline

Oui ?

Pauline

        la voix est triste

Je n'aime pas les pendules de Malac !

 

Scène 6

 

Une rue.

Titi Pissou. Il attend..

Arrivée du docteur Larédo..

 

Larédo

Encore perdu, Titi Pissou ?

Titi Pissou

Oui..

Larédo

Vous devriez pourtant connaître Malac sur le bout des doigts !

Titi Pissou

Ha ça, je connais la vielle mieux que ma poche. Comme vous avec vos malades. Mais si je me perds aussi souvent, c'est à cause des maisons qui changent tout le temps. C'est comme si la ville était toujours une autre ville. Comme vous avec vos malades. Parce que, forcément, il vous arrive de les perdre et d'en changer !..

Larédo

Ce n'est plus de votre âge de vous promener comme ça dans les rues de Malac !

Titi Pissou

Je sais. je suis vieux. On ne peut pas être plus vieux. je suis si vieux que je suis arrivé au bout de ma vieillesse. Mais si je suis aussi vieux, c'est par ignorance. Je ne sais pas. Je ne sais pas mourir..

Larédo

        amusé

Allez, venez, je vous raccompagne chez vous !..

        les deux hommes s'éloignent..

 Dites moi, ces sources dont vous m'avez parlé.. /..

 

Scène 7

 

 Bureau de Mr (ou de Mme) le Maire..

Se trouvent là.. le maire, sa secrétaire, Radinet et Périclès..

 

Le maire

Depuis que nous sommes ici, nous avons fait cette ville de A à Z, sans même savoir que nous faisions une ville. Nous sommes en très mauvais termes avec nos voisins qui nous accusent de je ne sais quoi. Autour de nous, il y a des villes. Mais elles nous tournent le dos, assises sur leurs grosses fesses. Ils disent que nous sentons mauvais et dieu sait quoi encore.

Radinet

Mais, chez nous aussi, certains disent la même chose. Tenez, les commerçants de Malac, qui ne sont pas de Malac mais d'ailleurs, et bien les commerçants de Malac se plaignent sans arrêt. Ils trouvent à redire à tout.

Périclès

Exact. Pour que leurs enfants ne soient pas contaminés, ils les mettent à l'école privée. Et ce n'est pas tout. Ils disent des habitants de Malac qu'ils ne pensent qu'à boire, à manger, et à forniquer !

La secrétaire

        ironique

En admettant que ce soit vrai, ce ne serait déjà pas si mal !

 

On la "regarde"..

 

Scène 8

 

Devant chez Titi Pissou...

Titi Pissou en compagnie de Nicolas..

 

Titi Pissou

C'est gentil à toi, Nicolas, de m'avoir raccompagné chez moi..

Nicolas

Ce n'est rien !..

Titi Pissou

Je vais te raconter l'histoire de Marie Pétasse..

        Nicolas sourit et s'assoit à même le sol pour écouter Titi Pissou..

Et c'est une histoire vraie. Tu peux me croire, Nicolas, puis que je te le dis. Elle venait de nulle part, Marie Pétasse, comme tous ceux de Malac. Elle était veuve. Son métier, c'était la couture. Elle cousait des peaux de taupe. Elle en faisait des manteaux et des chapeaux. Un jour, elle s'est piquée le bout du doigts. Ouille. Et alors, Nicolas, figure toi ce qui va se passer. Une mouche rentre dans la bouche de Marie Pétasse, et Marie l'avale, et pas moyen de la recracher. Non, une mouche, elle se dit, j'en mourrai pas. Mais dans les jours qui suivent, il se produit quelque chose de pas ordinaire. La mouche avalée se met à grossir et à bouger tout doucement dans le ventre de Marie. Comme je te le dis. Et en même temps, Marie s'arrondit. Et tant et si bien qu'au bout de neuf jours, Marie accouche d'une fillette. mais la gamine était si légère qu'à peine à l'aire libre, hop, la voilà qui s'envole. Heureusement Marie la rattrape par un pied. Un peu plus et la gamine disparaissait dans le ciel. Mais Marie ne pouvait pas rester comme ça tout le temps à tenir la fillette d'une main. Il lui fallait coudre ses peaux de taupe. Alors, avec une ficelle, elle a attaché la gamine par un pied, et la gamine s'est mise à flotter tout doucement au dessus de Marie, comme un ballon de baudruche. Quand la gamine avait faim, hop, il suffisait de tirer la ficelle pour la ramener au sol et la faire téter. Seulement, à force de tirer la ficelle, la jambe de la fillette s'allongeait. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui encore, il y a toujours une fille de Malac qui a une jambe plus grande que l'autre.. ../..

 

Scène 9

 

Tropano et Mme Martin..

 

Mme Martin

.. Et vous savez ce que mon fils m'a répondu ? A moi, sa mère !.. Enculé !.. Il m'a dit.. Enculé !.. A cinq ans, vous vous rendez compte ?.. J'ai décidé de le changer d'école. je ne tiens pas à ce qu'il devienne un voyou. L'année prochaine, il ira à l'école Ste Claire. Là, au moins, je suis sûre qu'on lui apprendra autre chose que des insanités !

Tropano

Ben ça alors !

Mme Martin

..!!..

 

Scène 1O

 

C'est la suite de la scène 8, mais Fred a pris la place de Nicolas..

 

Titi Pissou

../.. Au bout de trois à quatre mois, la fillette avait pris du poids et elle se posa enfin par terre. Alors, Marie fait Ouf. Et une mouche en profite pour faire comme la première. Et neuf jours plus tard, Marie accouchait d'une deuxième fillette, aussi légère qu'une bulle de savon. Et elle s'envole elle aussi en tournant sur elle même. Et Marie, par réflexe la rattrape de justesse par les cheveux. Et les cheveux s'allongent comme des élastiques. Et de là vient qu'à Malac, il y a toujours une fille qui a les cheveux jusqu'aux fesses.. ../..

 

Scène 11

 

Hall d'un immeuble.. Eloi Dumas (ancien instituteur) regarde le mur couvert d'obscénités..

 

Eloi Dumas

Mon Dieu, c'est pas possible !.. C'est pas possible !.. Une vraie catastrophe !..

        lisant

Il n'a pas de couilles au cul !.. Couilles !.. Sans S !.. Jamais vu autant de fautes d'orthographe !..

        Il sort un feutre rouge et corrige les fautes..

 

 

Scène 12

 

C'est la suite de la scène 1O mais Pauline a pris la place de Fred..

 

Titi Pissou

../.. Comme la première, la gamine, en prenant de l'âge, a pris du poids, et elle a fini par se poser sur le sol. C'est crevant d'avoir des enfants comme ça et Marie est épuisée. Et elle baille. Et une mouche en profite. Et ainsi de suite. Dès qu'elle ouvrait la bouche, Marie gobait une mouche et se retrouvait enceinte. c'est comme ça que Malac a commencé, grâce à marie Pétasse et aux mouches. Et voilà pour Marie Pétasse !.. A bientôt Pauline !

Pauline

        se levant

A bientôt Titi Pissou !

 

Scène 13 

 

Les grilles d'une usine. Mme Bichu et Mme Martin..

 

Mme Bichu

Mais enfin depuis quand sont ils là ?

Mme Martin

Mais depuis toujours. Enfin presque. A sa fermeture, l'usine a été occupée. les communistes. Vous savez, ces gens là, ça occupe plus que ça ne travaille. Enfin, bref, deux mois plus tard, les gens se sont fatigués, et la grève s'est défaite comme un écheveau. finalement, il n'est resté que les deux frères Mochet dans l'usine. Ils ne voulaient plus en sortir. Rien à faire. Ils avaient travaillé dans l'usine depuis trop longtemps pour la quitter comme ça. Ils sont donc restés dans l'usine. Ils y sont encore. On ne sait pas ce qu'ils y fabriquent, mais toutes les nuits, on les entend hurler et faire du tapage.

Mme Bichu

Et pas moyen de les déloger ?

Mme Martin

Non. Ils se cachent. On sait qu'ils sont là, mais personne ne les a jamais vu. Et le pire, c'est qu'ils sont nourris par les gens de Malac. On leur fait passer de la nourriture à travers les grilles. Passe encore pour leur mère qui vient les voir tous les jours, mais à qui ils ne se montrent jamais. mais que toute la ville leur donne à manger, c'est inadmissible !

Mme Bichu

C'était une usine de quoi ?

Mme Martin

De pendules !.. Les pendules Bertot, vous connaissez tout de même ? On en trouve partout dans Malac..

Mme Bichu

Je vois !.. A propos vous savez que je marie ma fille ?

Mme Martin

Tiens donc !..  Je ne la savais pas enceinte !

Mme Bichu

..!!..

 

Scène 14

 

 Une palissade. Léonard colle des affiches. Arrivée de Julie..

 

Julie

Bonjour papa !

Léonard

Bonjour Julie !.. Dis moi, tu as grossi !

Julie

Tout le monde me dit ça, et pourtant quand je me pèse, je suis toujours au même poids !

Léonard

Alors, c'est une impression !

Julie

Non. Je grossis, c'est vrai. Mais je ne pèse pas plus lourd !

Léonard

Tu as été voir un médecin ?

Julie

Oui, le docteur Larédo. Il n'y comprend rien !

Léonard

Comment va ta sœur Pauline ?

Julie

Elle va bien !

Léonard

Toujours avec ses deux amoureux ?

Julie

Oui.

Léonard

Fred et Nicolas sont deux braves garçons. Si j'avais à choisir l'un ou l'autre, je serai bien embêté..

Julie

Pourquoi veux tu qu'elle choisisse ?.. Fred et Nicolas aiment Pauline. Et Pauline aime Fred et Nicolas. C'est aussi simple que ça !

Léonard

Si tu le dis !..

        idée subite

Dis moi, tu n'es pas enceinte ?

Julie

        amusée

Non.. ..!!.. Ton affiche est à l'envers !

Léonard

Quoi ?

Julie

Tu as collé ton affiche à l'envers !

Léonard

..??.. Julie ?

Julie

Oui papa ?

Léonard

Ca fait plus de 3O ans que je colle des affiches par tous les temps. Ha ça, pour coller, je sais coller. Y en a pas un dans tout Malac qui ferait la nique au vieux Léonard question collage.. Julie ?

Julie

Oui papa ?

Léonard

J'ai un ressort qui a cassé. Dans le temps, quand je collais mes affiches, j'étais tout à ce que je faisais. Plus maintenant. Tiens, hier soir, j'ai badigeonné tout un mur, et quand j'ai voulu coller mes affiches, je me suis retrouvé tout couillon, je les avais oublié !.. Et voilà qu'aujourd'hui, je colle mes affiches à l'envers !

Julie

Tu es fatigué, c'est tout !

Léonard

Non, c'est autre chose. Avant, les affiches, je les lisais, et ça me réchauffait le cœur. mais maintenant, j'ai plus que des bouffées de chaleur, et ça passe aussi vite que c'est venu !.. Et votre mère, elle va bien ?

Julie

Oui. Tu devrais lui rendre visite !

Léonard

Pourquoi tu me dis ça ?

Julie

Tu es plein de mélancolie.. et il n'y a que maman qui pourrait éponger tout ça !

 

Scène 15

 

La rue. Titi Pissou. Il attend..

Arrivée de Mme Bichu..

 

Mme Bichu

Encore perdu, Titi Pissou ?

Titi Pissou

Oui..

Mme Bichu

Ce n'est plus de votre âge de vous promener comme ça dans les rues de Malac !

Titi Pissou

Je sais. je suis vieux. On ne peut pas être plus vieux. mais voyez vous, je ne sais pas mourir. Quand je suis revenu de la guerre, en 18, ça m'a paru bizarre. je n'avais même pas une égratignure. Plus tard, en 22, je me suis demandé pourquoi mon nom n'était pas inscrit sur le monument aux morts. Et c'est comme ça que je me suis aperçu que je ne savais pas mourir. Alors, je me suis mis à vieillir tout doucement, comme une photographie sur un mur. Et je me suis installé dans la vieillesse comme quelqu'un qui est arrivé à destination et qui attend faute de mieux. Je suis le seul dans tout Malac à avoir des souvenirs perdus. Et peu à peu, je suis devenu moi même un souvenir des pieds à la tête..

Mme Bichu

Allez, je vous raccompagne chez vous !.. A propos, vous savez que je marie ma fille !..

        avant que Titi Pissou n'ait pu parler..

Et elle n'est pas enceinte !..

 

Scène 16 

 

Une rue. Nicolas remet une pendule à l'heure (perche en Duralumin)..

Arrivée de Fred..

 

Fred

Bonjour Nicolas !

Nicolas

Bonjour Fred !

Fred

Comment te débrouilles tu ?

Nicolas

Je fais ce que je peux. Périclès me surveille sans arrêt. Tous les soirs, elle (il) vérifie mon travail !

Fred

Je n'aime pas ce Périclès !

Nicolas

Moi non plus. Elle (il) a les dents pointues. Quand elle (il) parle, les mots, en passant, s'y déchirent.. Et toi ?

Fred

Toujours rien !.. Et Pauline ?

Nicolas

Pauline !.. Quand elle est avec moi, elle ne pense qu'à toi !

Fred

Et quand elle est avec moi, je la sens près de toi !..

Ils se sourient..

Fred

Faut que j'y aille !.. Tu m'accompagnes ?

Nicolas

Non, j'ai encore trois pendules à remettre à l'heure !

Fred

Un jour, je te ferai visiter les caves de Malac. tu verras, c'est le négatif de la ville !.. A bientôt, Nicolas !

Nicolas

A bientôt Fred !..

 

Scène 17

 

 La pharmacie. Mme Pignon est en compagnie de Radinet

 

Radinet

Vous êtes pharmacienne et vous avez de l'instruction. Et je dirai que, pour ma part, je n'en manque pas. Comme vous le savez, je travaille à la mairie. les poubelles, c'est moi. Enfin, je veux dire que cela relève de mon service..

Mme Pignon

Aspirine, c'est bien ça ?

Radinet

Oui. Et bien je trouve que ce Titi Pissou exagère. Et je ne suis pas le seul à le dire. Il ne sait même pas son âge, vous vous rendez compte ? Vivre aussi longtemps, vous ne trouvez pas ça.. indécent ?.. Quand je pense à mon père, un homme admirable, mort à 33 ans, et bien je trouve ça injuste !..

Mme Pignon

Effervescent ?

Radinet

Oui. C'est comme ce Petit René. Celui qui..!!..

        il fait les cornes..

Trouver sa femme au lit avec un autre, et ne rien dire. Il aurait tout de même pu..!!.. surtout que l'autre était plus petit que lui. Et bien non, il est parti, et il n'est jamais revenu. Il a tout laissé à sa femme, la maison, la télé, tout. Je l'ai comme voisin maintenant. Il habite l'appartement en dessous du mien. Ha ça, quand on lui parle, il ne répond pas. On se demande s'il comprend. Cocu et aphone. Et en plus, il élève des chats, des dizaines de chats.. et ça pue, vous pouvez pas savoir !

Mme Pignon

3 francs 50 !..

 

Scène 18

 

Devant chez Titi Pissou. Titi Pissou se trouve là en compagnie de Fred..

 

Titi Pissou

C'est gentil à toi, Fred, de m'avoir raccompagné chez moi !

Fred

Ce n'est rien !.. Mais je dois vous avouer que j'ai été surpris de vous retrouver dans une cave !

Titi Pissou

Je me perds de plus en plus..

        Fred sourit..

Tu me trouves vieux, toi aussi ?

Fred

Non..

Titi Pissou

Je vais te raconter l'histoire de Djamila dont le regard laissait des cicatrices sur les choses et sur les gens. je me souviens de son vol grandiose et comme elle s'éleva dans l'air, gracieuse et lente, et le sang qui pleuvait en petites gouttes rouges dans son sillage. Vint un moment où on se rendit compte que Djamila était montée trop haut dans le ciel. Et alors les gens de Malac et les petites filles qui avaient déjà volé, tout le monde en fin de compte, se mit à crier.. Djamila, Djamila, ne va pas si haut, reviens !.. Et elle, elle riait et son rire tombait avec les gouttes de son sang.. Djamila, Djamila, ne va pas si haut !.. Et elle, elle continuait de monter, de rire et de saigner. Et elle se mit à fondre dans le ciel comme un bonbon à la menthe verte dans la bouche. Personne n'était jamais monté aussi haut.. Djamila, reviens !.. Elle fondait toujours. On ne voyait plus que la couleur de sa robe bleue et sa traîne rutilante de sang où les doigts du soleil pianotaient. Et puis, elle a complètement disparu, et on ne l'a plus revu. C'est le seul accident qu'on ait connu du temps où les petites filles de Malac savaient voler dans le ciel.. Et voilà pour Djamila !..

 

Scène 19

 

Une rue. Une pendule. Présence d'un vieux Monsieur tenant un bouquet de fleurs à la main..

Présence également de Nicolas..

 

Nicolas

        s'adressant au public

Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime bien cette pendule. On l'appelle la pendule des vieux amants. On y raconte qu'une fois un type était venu à un rendez vous avec un petit bouquet. Il attendit la fille longtemps, très longtemps, si longtemps que lorsque la fille est arrivée, il ne l'a pas reconnu. Elle non plus d'ailleurs..

 

Arrivée d'une vieille dame..

 

Temps..

 

Le vieux Monsieur hésite, puis tend le bouquet à la vieille dame..

 

Le vieux Monsieur

Tenez..

La vieille dame

Pour moi ?

Le vieux Monsieur

Oui..

La vieille dame

(prenant le bouquet)  C'est gentil !

Le vieux Monsieur

Je n'aurai peut être pas dû.. Elles sont fanées !

La vieille dame

Ca ne fait rien !.. Vous attendez quelqu'un ?

Le vieux Monsieur

Oui.. Une jeune fille. Je l'ai attendu des années, mais elle n'est jamais venue !

La vieille dame

Moi aussi, j'ai eu rendez vous ici. Avec un jeune homme. Mais, ce jour là, ma mère est tombée malade et.. (petit sourire fataliste)..

Le vieux Monsieur

Vous avez refait votre vie ?

La vieille dame

Non.. J'aimais ce garçon ! Je ne sais pas pourquoi je suis venue ici après tout ce temps.. Je dois rentrer maintenant ! Je vous remercie pour les fleurs !..

Le vieux Monsieur

Si j'osais ?

La vieille dame

Oui ?

Le vieux Monsieur

Puis je vous raccompagner ?

La vieille dame

Oui !..

Le vieux Monsieur

Prenez mon bras !.. Vous souriez ?

La vieille dame

        amusée

Je pensais que si j'avais pu venir à mon rendez vous, je ne vous aurai jamais rencontré !

Le vieux Monsieur

Pour moi, c'est un peu pareil.. Si la jeune fille que j'attendais..!!.. (il sourit).. Heureusement, elle n'est pas venue !..

La vieille dame

..??.. Vous avez dit.. heureusement ?

Le vieux Monsieur

        la regardant

J'ai dit.. heureusement !..

 

Ils se sourient.. Il s'éloignent en se tenant par le bras..

 

Nicolas

        les regardant partir

Et ils vécurent heureux les quelques petites années que l'attente n'avait pas mangé !.. J'aime bien la pendule des vieux amants !..

 

 

Scène 2O

 

 Bureau de Mr le Maire..

 

Mr le Maire

        après avoir signé un document

Et bien voilà une bonne chose de faite !..

 

La secrétaire récupère le document et le range dans un parapheur..

Entrée de quatre commerçants..

 

Commerçant 1

Si nous sommes venus vous voir, Mr le Maire, nous autres petits commerçants..

Autres commerçants

        en écho

Commerçants..

Commerçant 1

C'est que nous sommes inquiets..

Autres commerçants

        en écho

Inquiets..

Commerçant 1

Des bruits courent..

Autres commerçants

        en écho

Courent, courent, courent..

Commerçant 1

qu'on détruirait l'ancienne usine de pendules et qu'on construirait à la place un supermarché..

Autres commerçants

        en écho

Su-per-mar-ché..

Commerçant 1

Nous ne voyons pas l'utilité d'une telle construction et nous pensons qu'un gymnase serait plus approprié..

Autres commerçants

        en écho

Prié, prié, prié..

Tous les commerçants

Qu'en pensez vous ?

Le maire

        embarrassé

Et bien.. Un gymnase, disiez vous, mais c'est une excellente idée !.. Je tiens par ailleurs à vous rassurer pour le supermarché !.. Rien encore n'a été signé !..

 

Elle regarde sa secrétaire. Celle ci lui sourit..

(donner à penser que le document signé par le Maire en début de scène est celui de la construction du supermarché.. d'où l'embarras du maire et le petit sourire narquois affiché par sa secrétaire..

 

Scène 21

 

 Le palier. Radinet et Petit René / Petit René, une bouteille de lait à la main, se tient dans l'encadrement d'une porte..

 

Radinet

Mr Petit René, je vous le dis comme je le pense, tout le monde en a assez de vos chats. D'abord, ça pue. C'est horrible ce que ça pue. Tout l'immeuble sent le chat. Et puis vos chats, il n'arrêtent pas de miaouter. Miaou, miaou, miaou. Et en plus, vous les nourrissez au lait. Alors forcément ils en redemandent. Miaou miaou miaou.. Non, ça  peut plus durer. Un, deux, trois chats, à la rigueur, passe encore, mais des douzaines et des douzaines de chats, c'est inadmissible !.. Bon, d'accord, se retrouver cocu, ça file un pet, mais de là à compenser vos carences affectives par une meute de chats, non !.. Moi, quand maman est morte, j'ai pris un hamster !.. Un !.. Et un, c'est déjà trop !..

 

Petit René "regarde" Radinet, puis lui ferme la porte au nez..

 

Radinet

Ha, l'enfoiré !..

        crié à travers la porte

Zoophile !..

 

Scène 22

 

 Une rue. Titi Pissou attend..

Arrivée de Mme Martin..

 

Mme Martin

Encore perdu, Titi Pissou ?

Titi Pissou

Voui..

Mme Martin

Vous devriez pourtant connaître Malac sur le bout de vos doigts !..

Titi Pissou

Ha ça, je connais Malac mieux que le fond de ma poche. mais si je me perds, c'est à cause des noms de rue. Ca change tout le temps. Tout le monde a oublié que c'est nous qui avons fait les rues de Malac avec nos pas et on croit que Malac s'est fait tout seul. Moi, j'étais là au tout début et je sais ce que je dis. La première rue à Malac s'appelait la rue du poulet rôti, à cause d'une odeur de poulet rôti que nous avions tous senti. Et on trouvait ça bien d'appeler cette rue comme ça. Alors on a continué.. Rue de la tarte aux pommes, rut du pot au feu, rue des tomates farcies, avenue du gigot braisé, rue du lapin à la gibelotte, carrefour de l'andouillette, impasse des tartelettes à la myrtille, et ainsi de suite. A cette époque là, marcher dans Malac vous mettait l'eau à la bouche !.. Ici, où on est ?

Mme Martin

Rue du général de Gaulle !

Titi Pissou

        après avoir fait la moue

Pas de quoi saliver !.. Et vous avez quoi dans votre cabas ?

Mme Martin

Une pizza !

Titi Pissou

        soupir

Comment voulez vous que je m'y retrouve ?

Mme Martin

Allez, venez, je vous raccompagne !

 

Scène 23

 

 Hall. Tropano met le courrier dans les boites aux lettres..

Arrivée de Pauline. Elle embrasse Tropano sur le front. Elle s'en va en riant..

 

Tropano

        ébahi

Ben ça alors !

 

Scène 24

 

La mère Mochet

        devant les grilles de l'usine

Mes enfants, c'est moi, votre mère. Ca ne sert plus à rien de vous entêter comme ça. C'est inutile. pourquoi ne pas revenir à la maison. Revenez. Revenez dormir à la maison, dans votre lit. Vous savez, je le fais tous les soirs, et je mets vos assiettes sur la table..

 

Elle attend.. Elle glisse un paquet à travers les grilles.. Elle s'en va..

 

Scène 25

 

 La boulangerie de Farina.. Arrivée de Sébastien Pichon (il boite)..

 

Sébastien

Salut !

Farina

Salut !.. Une baguette ?

Sébastien

Forcément, avec mon béret !..

Farina

Et un baba au rhum, ça te dit  ?..

Farina

Je veux bien !.. Mais sans baba !..

 

Farina sourit,  il sort une bouteille et deux verres. Il remplit les verres. Les deux hommes boivent..

 

Farina

        voyant grimacer Sébastien

Ca va pas ?

Sébastien

Si si.. Mais c'est ma jambe de bois !.. Elle me gratte !..A croire qu'elle bourgeonne !..

Farina

        il remplit à nouveau les verres

A mon avis, tu l'arroses trop !

Sébastien

        rire

Arrête tes conneries !.. A propos, j'ai vu Mimile, le facteur !

Farina

Ne me dis pas qu'on lui a encore fauché son vélo ?

Sébastien

        rire

Il s'est acheté un antivol. Un truc pas possible. Note bien qu'il l'a pas gardé longtemps. On lui a fauché ce matin !

Farina

Le vélo ?

Sébastien

Non. L'antivol !..

 

Tous deux éclatent de rire..

 

Scène 26

 

 Hall. Tropano avec Radinet..

 

Radinet

Ce petit René avec ses chats !.. Ca peut plus durer. Tropano, il faut agir.. Vous êtes d'accord avec moi ?

Tropano

...

Radinet

Tropano, j'ai fait circuler une pétition dans tout l'immeuble. Pétition demandant la fin de l'hégémonie des chats dans notre riante cité. Tout le monde a signé cette pétition. Enfin presque. Il ne manque plus que vous. Enfin presque. Tropano, en tant que gardien de cet immeuble, vous vous devez de signer cette pétition !..

Tropano

        regardant la feuille que lui tend Radinet

Ben ça alors !..

 

Il tourne le dos à Radinet et s'en va..

 

Radinet

..!!..

        crié

Zoophile !..

        signant la pétition..

Tropano !..

        petit rire mauvais..

 

Scène 27

 

Titi Pissou avec Pauline (lieu indifférent)..

 

Titi Pissou

A cette époque là, il n'y avait pas d'étoiles dans le ciel de Malac. La nuit était si noire qu'on allumait des feux dans les rues pour éloigner les autres villes d'alentour. On espérait qu'avec les feux, elles n'oseraient pas s'approcher. C'est le premier maire de Malac qui a fait les étoiles. la nuit, fusil à la main, il allait d'un feu à un autre pour voir si tout se passait bien. Et quand il entendait du bruit, il tirait un coup de feu en l'air. des chevrotines. Et à chaque fois qu'il tirait, ça faisait une flopée de trous dans le ciel noir, ça le criblait. Et c'est comme ça qu'il a fait les étoiles !.. A quoi penses tu, Pauline ?

Pauline

        sourire

A Fred et à Nicolas !..

 

Scène 28

 

Chez Sylvie.. Julie et  Sylvie écossent des haricots..

 

Sylvie

Et il ne t'a rien dit ?

Julie

Non. Je grossis, c'est tout !..

Sylvie

Je n'ai aucune confiance dans ce docteur..

Julie

        amusée

Maman, ne t'inquiète pas !

 

Scène 29

 

Hall..

Eloi Dumas (en pyjama) regarde les graffitis sur le mur..

 

Eloi Dumas

Ha, les saligauds !.. ha les saligauds !.. Enculé !.. Avec deux L !.. On a pas idée !..

        il corrige la faute avec son feutre rouge..

Et là encore !.. Mais c'est pas vrai !.. A croire qu'ils le font exprès !..

 

Il continue de corriger les fautes en maugréant..

 

Arrivée de Mme Grospierre (elle est en peignoir)..

 

Mme Grospierre

Mr Dumas, vous êtes pas raisonnable. En pyjama. Vous allez attraper froid !..

        Eloi Dumas continue de corriger..

Allez au moins vous habiller !.. Mr Dumas, je sais que vous avez été instituteur, mais de là à corriger ces graffitis !..

Eloi Dumas

Mais regardez, Mme Grospierre, regardez !..

        lisant

Il n'a pas de poils au cul !.. Poil écrit comme une poêle !..

Mme Grospierre

..!!.. Peut être est ce voulu ?

Eloi Dumas

..??.. Pensez donc !.. Non, tout fout le camp, Mme Grospierre, tout fout le camp. des accords à la dérive, des syllabes en déroute..

        il reprend sa correction..

Mme Grospierre

Mais vous n'allez tout de même pas passer la nuit ici ?..

 

Voyant qu'Eloi Dumas ne l'écoute plus, elle hausse les épaules et s'en va..

 

Scène 30

 

 Bureau de Mr le Maire.. Le maire se trouve là avec sa secrétaire.. Entrée de 4 commerçants..

 

Commerçant 1

Mr le Maire, si nous sommes revenus vous voir,..

Autres commerçants

        en écho

voir..

Commerçant 1

nous autres commerçants, c'est pour vous dire..

Autres commerçants

        en écho

dire..

Commerçant 1

que nous sommes faits pour nous entendre !

Autres commerçants

        en écho

entendre..

Commerçant 1

Evitons la politique..

Autres commerçants

        référence aux trois petits singes..

Voir

        Commerçant 2 se met les mains sur les yeux..

Dire

        commerçant 3 se met les mains sur la bouche..

Entendre

        Commerçant 4 se met les mains sur les oreilles..

Commerçant 1

et affirmons bien haut, qu'en lieu et place d'un gymnase..

Autres commerçants

        en écho

Nase..

Commerçant 1

et en tenant compte qu'il ne saurait être question d'un supermarché..

Autres commerçants

        en écho

Su-per-mar-ché..

Commerçant 1

On peut construire tout autre chose !

Commerçant 2

Un parking !..

Commerçant 3

Une gendarmerie !..

Commerçant 4

Un théâtre !..

        tout le monde accuse le coup, on le regarde avec perplexité..

..!!.. Je plaisantais !

 

Scène 31

 

 Pauline en compagnie de Titi Pissou..

 

Pauline

Toutes ces pendules, ça me fait peur. On en trouve à tous les coins de rue. Les gens croient que les pendules, c'est fait pour donner le temps. Mais ils se trompent. Les pendules, ça vous émiette la vie, et toutes les miettes sont picorées voracement !..

Titi Pissou

T'as raison, Pauline. Mais moi, j'ai jamais su l'heure. On me l'a jamais apprise. Alors, les pendules, elles sont drôlement feintées !..

 

Rires..

 

Scène 32

 

Une pendule. Mme Azam se trouve là. Elle semble attendre..

Arrive Nicolas..

 

Mme Azam

Bonjour Nicolas !

Nicolas

Bonjour !

 

Avec sa perche, il remet la pendule à l'heure..

 

Mme Azam

C'est bien ce que pensais !.. Dis moi, Nicolas ?

Nicolas

Oui ?

Mme Azam

Il parait que les commerçants de Malac étudient la question !

Nicolas

Quelle question ?

Mme Azam

Et bien, ils cherchent une solution. Ce temps qui part en quenouille, ça les dérange. Certains sont d'avis que, l'heure, ça devrait se vendre, comme le sang. On ferait une prise de sang qu'on mettrait dans une petite fiole et qu'on vendrait ensuite à ceux qui en ont les moyens. Jusqu'à la pharmacienne qui prétend qu'en vieillissant le temps prendrait de la valeur !.. Qu'est ce que tu en penses ?

Nicolas

Moi, mon travail, c'est de garder le temps, pas de le débiter !

Mme Azam

Tu as bien une petite idée ?

Nicolas

Non..

Mme Azam

Oui, bien sur.. Note bien que les commerçants de Malac, ils ne sont pas de Malac, mais d'ailleurs !..

 

Arrivée de Périclès. Elle sort un petit carnet, regarde la pendule, note l'heure, puis s'en repart..

 

Nicolas

Elle fait des statistiques !

Mme Azam

Je lui trouve une tête de pendule, on ne sait jamais si elle avance ou si elle retarde !.. (petit rire).. Dis moi, Nicolas ?

Nicolas

Oui ?

Mme Azam

Pourquoi ne viens tu jamais me voir ?

Nicolas

J'ai Pauline !

Mme Azam

        petit sourire triste

Oui, bien sur..

 

Scène 33

 

 La boulangerie de Farina.. Présence de Farina et de Mme Bichu..

 

Mme Bichu

Et ça, qu'est ce que c'est ?

Farina

Des babas au rhum !

Mme Bichu

Et ça ?

Farina

Des millefeuilles !

Mme Bichu

Et ça ?

Farina

        de plus en plus excédé

Des meringues !

Mme Bichu

Et ça ?

Farina

Mon agenda !..

Mme Bichu

Et vous faites des pièces montées ?

Farina

Voui..

Mme Bichu

Vous en faites des grandes ?

Farina

Ca dépend !

Mme Bichu

Ca dépend de quoi ?

Farina

De la hauteur !.. Et du client !

Mme Bichu

Et elles sont en quoi ?

Farina

Comme toutes les pièces montées ! Un socle de nougatine et une pyramide de choux à la crème !

Mme Bichu

Et la crème ?

Farina

Pâtissière !

Mme Bichu

Et vous mettez des dragées ?

Farina

Je mets des dragées !

Mme Bichu

Et en haut ?

Farina

C'est selon !

Mme Bichu

Selon quoi ?

Farina

Première communiante ou couple de jeunes mariés !

Mme Bichu

Et ça se mange ?

Farina

Tout se mange !

Mme Bichu

1 mètre 47

Farina

Quoi ?

Mme Bichu

1 mètre 47 ! Il faudrait que la pièce montée fasse 1 mètre 47 !

Farina

        assez surpris..

Ca peut se faire !

Mme Bichu

Vous comprenez, je marie ma fille, et je veux que ce soit un événement. Plus tard, je veux qu'on s'en souvienne. Marier sa fille n'a rien d'exceptionnel, mais pouvoir dire longtemps après.. Quand j'ai marié ma fille, j'ai fait faire la pièce montée la plus grande qu'on puisse trouver !.. Là, c'est bien !..

Farina

Je peux vous la faire encore plus grande !

Mme Bichu

Non. Pas plus d'1 mètre 47, sinon elle toucherait le plafond une fois posée sur la table !.. J'ai mesuré au cm près !

Farina

Je vois !.. Mais en sciant les pieds de la table !?

Mme Bichu

..??.. Je n'y avais pas pensé !..

 

Scène 34

 

 Mme Durand et Mme Dupont devant la statue..

 

Mme Durand

Je constate avec plaisir qu'il lui ont enfin retiré le..!!..

Mme Dupont

Quand je pense que ça faisait rigoler certaines personnes !..

Mme Durand

        elle est passée derrière la statue, elle pousse un cri d'effroi

Haaaa !

Mme Dupont

Qu'est ce qui se passe !..

Mme Durand

Un thermomètre ! Ils lui ont collé un thermomètre dans le..!!..

 

Arrivée de Léonard..

 

Mme Dupont

Ha ça, Mr Léonard, venez voir ce qu'ils lui ont fait !

 

Léonard s'approche. Il retire le thermomètre, le regarde..

 

Léonard

37, 2 !..

        agitant le thermomètre

Le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle a pas le feu au cul !..

 

Il remet le thermomètre là ou il l'a pris, puis s'éloigne..

Mme Durand et Mme Dupont, complètement suffoquées, le regardent partir..

 

Scène 35

 

Chez Pauline. Pauline est couchée..

Nicolas est assis au pied du lit, il semble songeur..

 

Pauline

A quoi penses tu ?

Nicolas

A Eloi Dumas, le vieil instituteur. Je l'ai trouvé à 4 pattes dans le hall..

 

Il le mime en train de corriger les graffitis..

 

Pauline

Il n'est pas méchant. Quand il répare un mot avec son feutre rouge, c'est comme s'il mettait du mercurochrome sur une blessure !.. C'est toi qui a écrit "Pauline, je neige pour toi" ?

Nicolas

Oui

Pauline

Neige avec un J à la place du G ?

Nicolas

Oui...mais je l'ai fait exprès !.. Pour Eloi Dumas !.. Dis moi, tu as vu ce que Fred a écrit juste au dessus des boites aux lettres ?

Pauline

Non !.. ..!!.. Dis le moi, tu en meurs d'envie !

Nicolas

"Pauline, tu te trompes de rêve en dormant toute habillée" !..

 

Pauline sourit..

 

Pauline

J'ai envie de m'envoler, Nicolas !

Nicolas

Je sais !

Pauline

.. Et ces pendules ?

Nicolas

Ca va. Au début, je ne savais pas très bien où j'en étais en faisant ma tournée. L'ai je faite, ne l'ai je pas faite ?.. Je tournais en rond, mais j'étais bien le seul !..

 

Temps..

 

Pauline

A quoi penses tu ?

Nicolas

A Malac ! Tout ce que je sais de Malac pourrait s'écrire sur la buée d'une vitre !

Pauline

Embrasse moi !..

 

Scène 36

 

 La statue.. Mme Dupont et Mme Durand..

 

Arrivée de Farina..

 

Mme Dupont

Ha ça, Mr Farina, venez voir !..

 

Farina s'approche, voit le thermomètre, le retire, le regarde..

 

Farina

1 mètre 47, vous vous rendez compte ?

 

Il remet le thermomètre..

Mme Dupont et Mme Durand, complètement interloquées, le regardent s'éloigner..

 

Scène 37

 

 Devant les grilles de l'usine.. Tropano, un paquet à la main..

 

Tropano

Ben ça alors !

 

Il fait passer son paquet entre les grilles..

 

Scène 38

 

 Une palissade. Léonard, pensif, regarde les affiches qu'il vient de coller..

Arrive Nicolas..

 

Nicolas

Bonjour Léonard !

Léonard

...

Nicolas

Ca ne va pas ?

Léonard

Dis moi, mes affiches, comment les trouves tu ?

Nicolas

Bien !

Léonard

Et les mots ?

Nicolas

Les mots ?

Léonard

Oui, les mots !

Nicolas

Ce sont des mots, rien de plus !

Léonard

Oui..

        fataliste

Rien de plus !..

Nicolas

Qu'est ce que tu as ?

Léonard

Les mots ne me parlent plus. Ils sont aussi muets que des cailloux noirs. Ils sont là, à leur place, mais quand je les lis, ils ne me disent plus rien du tout. Même les mots que j'aime bien, je les trouve froids. On les dirait usés, fatigués, éclopés. Avant, je les avais à peine collés, qu'ils se mettaient à bondir, à sauter. Et là, dans leur enclos de papier, ils ne bougent plus, ils ne voyagent plus, ils sont comme des oiseaux déplumés, ils ne peuvent plus s'envoler. Alors, je me disais comme ça, que c'était peut être parce que j'avais mal collé les affiches !

Nicolas

.. Non !

Léonard

Et pourtant elles font une tête d'enterrement, et les mots sont en deuil. Ils se taisent.. Regarde le mur ! Il est triste, comme s'il avait froid jusqu'à la moelle. Mes affiches ne le réchauffent plus. Et moi aussi, je me sens triste et froid, comme si tout ce silence m'était rentré dans la tête !..

 

Scène 39

 

 La pharmacie. Radinet et Mme Pignon..

 

Radinet

Pour ce qui est des chats, c'est une affaire réglée. N'empêche qu'il a fallu cette pétition pour obtenir gain de cause. Tous les habitants de l'immeuble l'ont signé.. Enfin presque !.. Enfin, plus de chats ! Ils sont venus à cinq de la mairie pour nous en débarrasser !.. Vous savez combien ce Petit René avait de chats ?.. 77 !.. Vous vous rendez compte !.. 77 !..

Mme Pignon

Aspirine ?

Radinet

Non !.. Ca va mieux !.. Vous me donnerez une boite de cachous !..

 

Scène 4O

 

 Lieu indifférent..

Larédo et Fred consultent un plan..

 

Larédo

Vous êtes bien sûr d'avoir fait tout ce quartier ?

Fred

Oui..

Larédo

Et..??..

Fred

Non, pas de source !..

Larédo

Demain, vous ferez les sous-sols de la cité Jules Thorès. Vous avez toujours votre passe ?

Fred

Oui. Mais je ne m'en sers pas. Toutes les portes des caves sont déjà forcées. Beaucoup de jeunes s'y retrouvent pour..!!.. C'est pas très joli à voir ! Des gosses de 10 à 15 ans ! Et qui se shootent  à n'importe quoi !.. Docteur, il serait peut être bon que nous..

Larédo

        l'interrompant

Ha non !.. Nous n'avons pas à nous mêler de ça !.. Trouvez moi une source, c'est tout ce que je vous demande !.. Pour le reste, je ne veux rien savoir !..

 

Scène 41

 

 Chez Petit René..

 

Sur (et tout autour de) la table, des bouteilles de lait..

Petit René est habillé d'un costume, il  semble étrangement absent. Il verse le contenu de deux bouteilles de lait dans une grande coupe..

Il se met une cravate, se donne un coup de peigne (il donne l'impression de se "faire beau")..

Il s'assoit. Il plonge sa main dans la coupe.

Il s'ouvre les veines avec un couteau..

 

Scène 42

 

 Titi Pissou. Il s'adresse au public..

 

Titi Pissou

Aujourd'hui, les frères Mochet ont encore crié plus fort que d'habitude. Des cris de torchon mouillé dans la nuit. A vous faire froid dans le dos. On prétend à Malac qu'on a peur depuis que les frères Mochet sont dans cette usine fermée. mais c'est faux. On a toujours eu peur à Malac, et ça remonte au tout début de Malac, quand les gens de nulle part sont arrivés. C'était avant Malac. Avant même que Marie Pétasse ne gobe sa première mouche.. ../..

 

L'histoire de Titi Pissou est visualisée (de préférence dans le dos de Titi Pissou)..

Groupe de gens pris soit en éclairage contre-jour (on ne distingue d'eux que de vagues silhouettes)

soit en ombres chinoises..

 

../.. Quand les gens de Malac sont arrivés ici. Il n'y avait rien. Rien que du silence en grappe autour d'eux. Et il n'y avait que ce silence. Et ce silence, c'était pire que des cris, car les cris, ces gens là, ils connaissaient.. ../..

 

Voix haineuses =

Foutez moi le camp !.. Ne vous approchez pas !.. Allez vous en !.. Ne restez pas là ou je vous tire dessus  !..

Putains d'étrangers, retournez chez vous , on veut pas de vous !..

 

Mais là, ils n'y avait pas de cris. Il n'y avait rien. Même pas les aboiements de ces chiens aux gueules écarlates et aux dents en tessons de bouteille qu'on lançait parfois sur eux. Rien que ce silence qui poussait partout comme un arbre touffu avec des millions de feuilles opaques. Et ce silence, c'était pire que tout. Les gens de nulle part sont restés comme ça, toute une nuit, serrés les uns contre les autres, regardant de tout c¶té, essayant de deviner ce que ce silence cachait. Et puis, au petit matin, un homme a éclaté de rire.. ../..

 

Un homme rit.. Puis un second.. Puis un troisième.. ../..

Tout le monde manifeste sa joie. Allégresse générale..

 

Et ils ont ri comme ça pendant trois jours, sans raison réelle, si ce n'est qu'ils venaient enfin de trouver leur pays sous les pieds. Et c'était ça qui les faisait rire de bonheur.. ../..

 

Les rires s'estompent. Des gens s'affaissent..

 

Il en est mort une dizaine parmi les vieux. Oui, morts de rire. Mais ces vieux qui avaient retenus leur mort pour mourir ailleurs que nulle part, s'en allaient rassurés !.. On les a enterré !.. Et c'est ainsi que Malac a commencé !.. Par un cimetière !.. ../..

 

Au dessus des corps étendus par terre, apparaissent des croix...

 

Après, bien évidemment, on a fait les maisons et les enfants !..

        grand sourire complice..

 

Scène 43

 

Lieu indifférent..

Pauline avec Radinet..

 

Radinet

Nous avons organisé une collecte dans l'immeuble pour l'enterrement de ce regretté Petit René. Tout le monde a donné, ou peu s'en faut. C'est moi qui ait eu l'idée de cette collecte. C'était tout de même mon voisin de palier, et ce n'est pas parce que nous avons eu un petit différend que nous devons avoir de la rancune..

Pauline

Pas de quoi fouetter un chat ?

Radinet

..!!.. Voui.. Heu.. Avec l'argent récolté, j'ai acheté une couronne. Ce n'est pas pour dire, mais c'est une belle couronne, avec un ruban violet.. "Les voisins et les amis, regrets éternels".. en lettres dorées !.. Le texte est de moi !.. Alors, bien sûr, si vous voulez participer !..

 

Pauline le "regarde" puis lui tourne le dos et s'éloigne..

 

Radinet

..!!..

        entre les dents

Salope !..

 

Scène 44

 

Chez Mme Grospierre..

Mme Grospierre est assise dans un fauteuil. Son fils est venu la voir. Il arpente la scène..

 

Fils Grospierre

Mais enfin, maman, ça ne peut plus durer. C'est pas possible, toutes ces mouches. Chaque fois que je viens te voir, il y a de plus en plus..

Mme Grospierre

C'est gentil, les mouches !

Fils Grospierre

Gentil ?.. Mais tu déraisonnes ou quoi ?.. Pourquoi ne pas acheter une bombe insecticide ?

Mme Grospierre

Ha non !.. Ca ne fait pas de mal, une mouche. Tu sais, je les connais presque toutes. Celle ci, c'est la petite Cracra. Un jour, elle est tombée dans du lait, et je l'ai retiré de là avec une petite cuillère. Et celle ci, sur le pot de miel, c'est Joséphine. Son coin préféré, c'est le calendrier..

Fils Grospierre

Maman, je ne te comprends pas. Et là, ce pot de miel , il y en a des dizaines dessus !.. A croire que tu fais tout pour les attirer !..

Mme Grospierre

Y a un peu de ça !.. Si j'avais pas les mouches, je me sentirai seule, tu comprends ?

Fils Grospierre

Ecoute maman, tu n'es pas seule, je viens te voir !

Mme Grospierre

Oui. Une fois de temps à autre. Et tu restes debout !.. Et tu ne m'amènes plus les petits !

Fils Grospierre

Mais je ne peux tout de même pas demander aux gosses de venir s'enfermer tout un après-midi dans un appartement !

Mme Grospierre

Bien sur..

Fils Grospierre

Faut que j'y aille. Allez, tu me promets une chose, tu te débarrasses de toutes ces mouches. Et puis, si tu te sens seule, tu as la télé..

Mme Grospierre

C'est pas vivant, la télé.. Tu reviens quand ?

Fils Grospierre

Je n'en sais rien. Le mois prochain, peut être. J'ai beaucoup de travail en ce moment !

Mme Grospierre

Tu n'as même pas enlevé ton manteau !..

Fils Grospierre

Maman, tu exagères. J'ai pris sur mon week-end pour venir te voir et tu me fais des reproches !

Mme Grospierre

Mais je ne te reproche rien, c'est gentil à toi être venu..

Fils Grospierre

J'essaierai de rester un peu plus longtemps la prochaine fois. Mais attention, plus de mouches !.. Je me sauve maintenant.. Non, reste assise !.. Allez, je t'embrasse..

 

Il part sans même l'avoir embrassé..

 

Mme Grospierre

        petit sourire triste..

Je t'embrasse !

 

Elle prend le pot de miel, elle se barbouille la bouche de miel, elle se cale au fond de son fauteuil..

Elle sourit, lèvres offertes à un baiser, en fermant les yeux..

 

Scène 45

 

 Pharmacie. Radinet avec Mme Pignon..

 

Radinet

Les salauds, tout le monde était d'accord pour la signer cette pétition. Tout le monde. Et ces salauds, maintenant, ils se défilent. On me regarde comme si j'étais le diable. Vous savez ce qu'ils ont fait, ces salauds ? Ils ont écrit "Assassin" sur ma porte !.. Assassin.. avec deux S !.. SS !.. Et ce putain d'Eloi Dumas qui me regarde la gueule enfarinée et qui me dit.. "Pour une fois, pas d'erreur !".. Et les gamins, c'est les pires ! Quand ils me voient, ils miaulent !.. Les salauds !.. A l'enterrement, la couronne, ils m'ont laissé tout seul pour la porter !.. 3O kilos qu'elle faisait !.. J'ai failli tomber dans la fosse tellement j'étais fatigué. Et je suis sur que si j'étais tombé, ces salauds m'enterraient vivant.. A la fin, tout le monde a été boire un coup chez la Mélanie, et bien personne ne m'a invité !.. Ce Petit René avec ses chats, même mort, il continue de m'emmerder !..

Mme Pignon

Aspirine ?

Radinet

Evidemment !..

 

Scène 46

 

La statue..

Mme Durand et Mme Dupont tournent autour..

 

Mme Durand

Alors ?

Mme Dupont

Rien !..

 

Elles sont visiblement déçues..

 

Scène 47

 

Chez Pauline..

Pauline, Fred et Nicolas sont attablés devant une assiette de macaronis...

Fred et Nicolas goûtent les pâtes. Pauline, inquiète, guette leurs réactions..

 

Pauline

Alors, comment les trouvez vous ?

Nicolas

        semble t'il pas très convaincu par les talents de cuisinière de Pauline

Et bien.. Peut être que.. Qu'en penses tu, Fred ?..

Fred

        même jeu

Et bien.. Avec un tant soit peu de..!!.. pour relever le..!!.. Peut être que..??..

Nicolas

        même jeu

Oui.. Quoique..!!..

 

Ils ne peuvent continuer leur jeu et éclatent de rire..

 

Pauline

        plus amusée que réellement fâchée

C'est la dernière fois que je vous fais à manger !

Nicolas

Alors, ça, c'est sûr !.. Haaaaa !..

 

Il joue les empoisonnés et s'écroule par terre..

 

Fred

Mon Dieu, le macaroni fou a encore frappé !.. Haaaa..

 

Il joue à son tour les empoisonnés et s'écroule par terre..

 

Pauline

        riant

 Vous êtes incorrigibles !..

 

Fred et Nicolas se relèvent en riant et reprennent place autour de la table..

 

Pauline

Sincèrement, ces macaronis ?

Fred

Bons !

Nicolas

Très bons !..

 

Ils mangent..

 

Nicolas

En allant chercher le vin, on a rencontré le vieux Garrigue !

Fred

        prenant un accent

Tu sais celui qui parle comme ça !

Nicolas

Et il nous a raconté une histoire !

Fred

Si tu veux, on te la raconte !

Pauline

Le vieux Garrigue ne raconte que des histoires cochonnes !

Nicolas

Ha non, celle ci, c'est une très belle histoire !

Pauline

C'est vrai ?

Fred

Promis !..

Pauline

Voyons ça !

 

Fred et Nicolas raconteront l'histoire en la jouant..

 

Nicolas

Ha ça, mes gaillards, je suis content de vous voir. J'en ai une bien bonne à vous raconter !

Pauline

C'est une histoire cochonne !

Fred

Mais non, attends !

Nicolas

La famille Coprin, vous connaissez ? Non ! Et bien moi, je l'ai bien connu..

Fred

Une famille d'artistes. leur spécialité, c'était d'avaler en public tout et n'importe quoi. Des clous, des grenouilles, du feu, du verre pilé, des lames de rasoir..

Nicolas

Le grand père, lui, il avalait des sabres. Des vrais. On aurait pu se raser avec. Ces sabres, ils brillaient tellement, que quand le vieux les avalait, on aurait dit qu'il mangeait de la lumière en barre..

Fred

Mais dans toute famille, il y a une exception. Dans la famille Coprin, c'était Simon, le petit fils. Lui, il savait rien avaler. déjà, tout petit, c'était une vraie comédie que de lui faire avaler sa bouillie. Et avec l'âge, ça s'est pas arrangé. Alors on l'a envoyé à l'école, mais il n'avait pas plus d'appétit pour les études que pour le reste..

Nicolas

Et puis, le jour de ses 15 ans, Simon Coprin trouva sa voie. Par hasard. Il avait pris l'habitude de parler tout seul dans son coin, mais personne n'y faisait attention. Et puis, un soir, sa mère l'entendit.. Dis donc, Simon, c'est mon rêve que tu dis là ! Je n'en connaissais que le début et tu en racontes la fin !..

Fred

Et oui, Simon Coprin disait les rêves des autres. Alors, dans la famille, on prit l'habitude de lui dire.. Hé, Simon, raconte moi mon rêve !.. Et lui, il racontait !.. Mais voilà, petit à petit, la famille Coprin cessa de rêver..

Nicolas

Et alors, les clous redevinrent des clous, les sabres se remirent à couper. Oui, à couper pour de bon..

Fred

Jusqu'au jour où on comprit que tout ça, c'était la faute à Simon. C'est lui qui pompait dans la tête des gens. Alors, on pria Simon d'aller jouer les suceurs de rêves ailleurs..

Nicolas

Et une fois le Simon parti, la famille Coprin se remit à rêver, et à avaler n'importe quoi sans danger !

 

Nicolas et Fred "regardent" Pauline..

 

Pauline

..!!.. Qu'est ce que je dois dire ?..

        après que Nicolas soit venu le lui chuchoter dans l'oreille..

Et qu'est devenu Simon ?

Fred

Je savais que tu me poserais cette question !

Nicolas

Moi aussi !

Fred

Le Simon, chassé par les siens, se mit à errer, toutes les nuits, dans les rues de Malac..

Nicolas

Et les gens de Malac, petit à petit, ont cessé de rêver..

Fred

Et quand Simon eut avalé tous les rêves de Malac, il s'en alla ailleurs..

Nicolas

Mais les gens de Malac avaient perdu l'habitude de rêver..

Fred

Ils ne savaient plus !

Nicolas

De temps à autre, bien sûr, il leur venait un petit rêve rachitique de rien du tout, qu'il s'empressaient bien vite de porter chez le docteur pour le faire analyser..

Fred

Certains toutefois ont réappris à rêver. Tenez, cette Pauline par exemple, il paraîtrait que..!!..

Nicolas

Oui. En faisant des macaronis !..

 

Ils éclatent de rire..

 

Pauline

C'est une histoire du vieux Garrigue, ça ?

Nicolas et Fred

        s'efforçant de paraître sérieux

Oui, oui..

Pauline

Vous mentez !.. C'est Titi Pissou qui vous a raconté cette histoire..

 

Fred et Nicolas se remettent à rire..

Pauline les regarde avec tendresse.

 

Scène 48

 

 Chez le docteur Larédo. Il ausculte le Maire ..

Larédo n'est pas à ce qu'il fait. Il est d'humeur maussade..

 

Larédo

Non, ça va pas, ça va pas du tout !..

Le Maire

..??..

Larédo

Malac se meurt. Ne respirez plus. La ville s'étiole alors qu'elle pourrait être un oasis. Quant aux gens de Malac, parlons en. Tout d'abord il y a cette fille, Julie. Au début, je la croyais enceinte, et quand elle m'a expliqué qu'elle grossissait sans prendre de poids, je ne l'ai pas cru. Je l'ai examiné, et j'ai du me rendre à l'évidence. Cette fille n'est pas enceinte. Elle grossit.. sans grossir ! Comme un ballon de baudruche ! Et puis, il y a cet homme, ce Titi Pissou, qui devrait être mort depuis longtemps et qui se porte comme un charme. Certains disent qu'il ne meurt pas pour la simple raison qu'il ignore comme il faut faire. Laissons cela.. Respirez !.. (le Maire commençait à suffoquer).. Mais le fait est que je ne m'explique pas cette longévité. Vous pouvez vous rhabiller. Notez en plus que ce vieillard fume, boit, mange, et n'a jamais été malade. Je le dis comme je pense, un tel comportement frise la provocation !..

Le Maire

        se rhabillant

Et en ce qui me concerne ?

Larédo

De l'eau. Beaucoup d'eau.. Voilà ce qui ferait la richesse de Malac.

Le Maire

Heu oui.. mais en ce qui me concerne ?

Larédo

Mais vous n'avez pas à vous inquiéter. Vous serez réélu !.. Mais voilà Malac se mord la queue. Ses habitants se dispersent, se démobilisent, ne sont pas à ce qu'ils font !.. Bien, où en étions nous, ha oui, déshabillez vous !..

Le Maire

..??..

 

Scène 49

 

Chez Mr Lavandu (un petit vieux)..

 

Assis dans un fauteuil, il regarde la télé..

Le son est maximum..

Yeux rivés sur l'écran, il n'arrête pas de  zapper..

 

 

Scène 5O

 

Un palier. Radinet, assis sur une chaise, chapeau sur la tête, regarde le plancher.

Présence de Mme Azam..

 

Radinet

Là, regardez, devant ma porte, il y a un trou !

Mme Azam

Un trou ?

Radinet

Oui, un trou !

Mme Azam

Je ne vois rien.

Radinet

Vous êtes miro ou quoi ? Je vous dis qu'il y a un trou !

Mme Azam

Je veux bien vous croire, Mr Radinet, mais je ne vois pas de trou.

Radinet

Vous faites exprès de ne pas voir !

Mme Azam

Je vous assure que non !

Radinet

..!!.. Il grandit !

Mme Azam

Pardon ?

Radinet

Le trou, il grandit !

Mme Azam

.. Si vous le dites !

Radinet

Hier soir, en rentrant chez moi, il étai déjà là. mais pas aussi grand. J'ai été cherché Tropano pour le lui montrer. Mais ce con là s'est contenté de me regarder en disant.. Ben ça alors !..

Mme Azam

Et si vous rentriez chez vous ?

Radinet

Mais je peux pas. Pour passer, faudrait que je saute. Sur que je tomberai dedans ! J'ai passé toute la nuit à le regarder. Là, vous voyez, il ne bouge pas !.. Et bien il suffit que je regarde ailleurs pour qu'il en profite pour grossir !..

Mme Azam

Vous êtes fatigué et vous tombez de sommeil !

Radinet

Oui, mais si je m'endors, ce putain de trou va s'agrandir. Il faut pas que je dorme. Un trou comme ça, c'est dangereux.. Et juste devant chez moi ! Pourquoi ?.. Vous avez vu, il est profond. On en voit pas le fond !.. Vous le voyez ?..

Mme Azam

... Voui !

Radinet

Faudrait le boucher !.. Vous pourriez pas me trouver un sac de ciment et une truelle ?

Mme Azam

Je vous ramène Tropano !

Radinet

Mais Tropano, c'est un con ! Il a pas les yeux en face des trous !.. (petit rire de Mme Azam).. Ca vous fait rire !..

Mme Azam

Non.. Enfin si ! C'est ce que vous venez de dire !

Radinet

Qu'est ce que j'ai dit ?

Mme Azam

Et bien.. Rien !.. Mais vous avez raison, Tropano ne pourra rien pour vous. Je vais téléphoner au docteur Larédo !

Radinet

Mais j'ai pas besoin d'un docteur, si vous voulez téléphoner, téléphonez plut¶t à un maçon !..

Mme Azam

Attendez moi là, je reviens tout de suite !..

 

Elle quitte le palier..

 

Radinet

Putain de trou !.. On dirait le trou du cul d'un chat !.. Ne pas s'endormir, ne pas s'endormir..

 

Il commence à dodeliner de la tête.. Il s'assoupit..

 

 

Scène 51

 

Périclès à son bureau. Devant lui, Nicolas..

 

Périclès

Dis moi, t'es payé pour te les rouler ? Et la pendule de la crèche, hein ? Et celle de la gare ?.. Tu les a oublié !.. Où tu te crois ?.. C'est sérieux le temps, merde ! Et si tu crois que vais tolérer qu'un petit con en fasse le moins possible, tu te fous le doigt dans l'œil !.. T'es payé pour remonter les pendules, alors tu les remontes, toutes !.. Autrement, je te vire, tu m'entends, je te vire !..

 

 

Scène 52 

 

Le palier.. Radinet n'est plus là. Seul son chapeau posé par terre devant la chaise témoigne de sa présence passée..

Arrivée de Mme Azam, de Mme Grospierre, et du docteur Larédo..

 

Mme Azam

Ha ça, où est-il passé ?

Larédo

Il a du rentrer chez lui !..

Mme Grospierre

        frappant à la porte de Radinet

Mr Radinet, c'est moi, Mme Grospierre !.. Mr Radinet ?.. La porte est ouverte !.. Mr Radinet, je peux rentrer ?.. J'y vais !..

Mme Azam

Soyez prudente !

Larédo

N'ayez crainte !..

 

Elle entre chez Larédo..

Larédo

Un trou, disiez vous ?

Mme Azam

Oui !

Larédo

Ici même ?

Mme Azam

Oui, devant la chaise, à la place du chapeau !..

Larédo

Ce type est devenu complètement fou !..

 

Mme Grospierre réapparaît..

 

Mme Grospierre

Il n'est pas chez lui !

Larédo

En ce cas, il a du partir !..

Mme Azam

Oui, mais comment ?.. Après avoir discuté avec lui, je suis descendue à l'étage en dessous, chez Mme Grospierre, pour vous téléphoner.. Et là, coup de chance, je vous trouve chez elle !

Mme Grospierre

Le docteur vient me voir tous les mois. Je souffre de rhumatismes.

Larédo

        caustique

Et vous me demandez à chaque fois de soigner vos mouches !..

        l'imitant

Je crois bien que ma petite Cracra s'est cassé une patte, docteur ! Alors, si vous pouviez..

 

Mme Grospierre (elle culpabilise) baisse la tête..

 

Larédo

Si vous n'y prenez garde, vous terminerez comme votre ex-voisin de palier ! Que Dieu ait son âme, lui et ses chats !..

Mme Azam

Enfin tout ça pour vous dire que si Mr Radinet était descendu, nous l'aurions vu passé !..

Larédo

        montrant la porte de l'appartement voisin

Et cet appartement ?

Mme Azam

C'est le mien. Et il est fermé à clé !

Larédo

Et nous sommes au dernier étage ?

Mme Azam

Oui..

Larédo

Il ne s'est tout de même pas volatilisé !.. C'est son chapeau ?

Mme Azam

Oui. Il l'avait sur la tête..

 

Larédo se baisse pour le ramasser..

Il tire sur le chapeau mais ne peut le soulever..

 

Larédo

..??.. 

        Il se relève, visage livide..

 Vous pouvez m'expliquer, vous, comment un chapeau peut se coincer entre deux lames de parquet ?

 

On se regarde..

(il semble évident que la seule explication possible soit celle ci = Radinet est tombé dans le trou, lequel s'est refermé ensuite sur lui, coinçant par la même le chapeau / Mais cette "explication" est bien évidemment difficile à admettre car elle relève de l'impossible)..

 

Scène 53

 

 Devant (ou dans) la mercerie..  Mme Gagnou, la mercière, a été victime d'un malaise. Assise sur une chaise, elle récupère tant bien que mal.. Sébastien Pichon se trouve également là..

 

Sébastien

Ca va ?

Mme Gagnou

Oui..

 

Sébastien sort une petite fiole de sa poche..

 

Sébastien donne à boire à Mme Gagnou. Il se sert du bouchon de sa fiole comme godet. Mais, après avoir bu, Mme Gagnou, de façon machinale, lui redemande à boire. Ce "jeu" se poursuivra pendant toute la scène. La fiole sera vidée

(au grand dam de Sébastien)

 

Sébastien

Tenez, buvez !.. C'est du cognac, ça va vous faire du bien !.. Je passais par là, je vous ai vu ouvrir la porte du magasin, j'allais vous saluer.. et, hop, vous êtes tombée comme une feuille morte !.. Vous m'avez fait peur !.

Mme Gagnou

Un simple malaise. Ca va déjà beaucoup mieux..

Sébastien

Fatiguée, peut être ?

Mme Gagnou

Non..

Sébastien

Quel âge avez vous ?..

        Mme Gagnou ne répond pas..

Vous ne savez pas votre âge ?

Mme Gagnou

.. J'ai 5O ans !.. Mais je l'oublie à chaque fois !

Sébastien

Vous travaillez trop !

Mme Gagnou

Non. Oh bien sur, je passe toutes mes journées à la boutique, mais je n'ai plus grand monde qui vient me voir. La mercerie, vous savez, ce n'est plus ce que ça a été. les gens ne cousent plus de boutons. Les petites filles ne portent plus de rubans dans les cheveux.. ..??.. 5O ans !.. Je me croyais plus vieille.. Il est vrai que rien ne bouge autour de moi. Même grisaille, même attente. Le gardien de l'heure, vous connaissez ?..

Sébastien

Le petit Nicolas, oui !..

Mme Gagnou

Tous les matins, je le regarde s'occuper de la pendule qui se trouve devant la boutique. Toujours les mêmes gestes !..

Sébastien

Vous savez bien que ces pendules ne sont jamais à l'heure !

Mme Gagnou

Oui, bien sur. Mais un jour, j'aimerai que ce soit différent, que l'image se casse, qu'il grimpe à la pendule comme à un arbre, ou qu'il lui tape dessus avec sa perche. Oui, j'aimerai. Ce jour là, vous comprenez, ce serait comme un miroir qui éclate..

Sébastien

        inquiet

Vous, vous devriez voir un médecin !..

 

Scène 54

 

 Léonard et Titi Pissou..

Ils sont assis sur un banc..

 

Titi Pissou

Et tes filles ?

Léonard

Pauline, c'est Pauline. Elle tricote de l'amour. Pour Julie, c'est différent, elle grossit.

Titi Pissou

Tu sais ce qu'on raconte ? Que si Julie est ta fille, c'est pas pareil pour Pauline !

Léonard

..!!.. Tu me dis ça par méchanceté ?

Titi Pissou

Dis pas de bêtise, je voulais que tu saches, c'est tout.

Léonard

Y a des gens qui se figurent qu'il suffit d'engrosser une femme pour être le père de l'enfant qui va naître. Comme si ça suffisait. On devient père à la longue. C'est quelque chose qui se construit tout doucement, avec de la patience. Tu veux que je te dise, c'est pas le père qui fait l'enfant, mais c'est l'enfant qui fait le père. C'est les yeux des enfants qui vous adoptent..

Titi Pissou

.. Tu m'as jamais dit pour ta femme ?

Léonard

Sylvie ? On s'est quitté, c'est tout. Enfin, quand je dis on..!!.. Note bien que ça m'a fait bizarre. Ce jour là, c'était un jour comme un autre..

 

Il se lève..

Sylvie se tient à coté du banc..

 

Sylvie

Léonard, je suis fatiguée !

Léonard

Repose toi !

Sylvie

Tu comprends pas ce que je veux dire. Je suis fatiguée de vivre avec toi.

Léonard

..!!..

Sylvie

                Tu sais, Léonard, on vit maintenant sans se voir. On a plus rien à se dire, et on s'enrobe  de silence !.. J'ai rien à te

                reprocher, mais c'est comme ça. 22 ans de vie commune, peut  être qu'on s'est trop habitué. Je vais partir, mais je quitte pas

                 Malac. Si tu veux, on pourra se voir.

Léonard

Tu aurais pu me prévenir !

Sylvie

                Mais c'est ce que je fais ! Je pouvais pas te le dire avant parce que je me rendais pas compte. En tout cas, voilà. Pour Pauline et

                 Julie, tu peux les garder si tu veux, ou bien elles viendront avec moi. je leur ai dit et je crois bien qu'elles comprennent.

 

Elle l'embrasse, puis s'éloigne..

Il se rassoit..

 

Léonard

Et elle est partie comme ça, avec 22 ans de vie commune dans les bagages. C'est drôle comment c'est les choses..

Titi Pissou

T'aurais pu essayer de la retenir !

Léonard

Oui, mais j'ai rien dit. J'arrivais pas à trouver les mots. Ils s'évaporaient de ma bouche..

        Titi Pissou sourit..

Ca t'amuse ?

Titi Pissou

Ben oui. Vu que la Sylvie, depuis qu'elle est partie, tu la vois plus qu'avant. T'es toujours fourré chez elle.

Léonard

Ben, elle est comme qui dirait devenue ma maîtresse !..

 

Ils rient..

 

Léonard

Dis moi, Titi ?

Titi Pissou

Oui ?

Léonard

Ca te ressemble pas toute ces questions !..

        Titi ne répond pas, il a un petit sourire..

..!!.. T'as raison, j'avais envie de causer !..

 

Scène 55

 

Une pendule..

Nicolas la remet à l'heure..

Arrive Farina..

 

Farina

Dites ?

Nicolas

Oui ?

Farina

J'aurai un petit service à vous demander !

Nicolas

Oui ?

Farina

Voilà !.. Vous avez sûrement remarqué que mes gâteaux, dans la vitrine, ils ont plutôt mauvaise mine..

        Nicolas hésite à répondre..

Dites pas le contraire, vous m'en prenez jamais !

Nicolas

Je ne suis pas porté sur la pâtisserie !

Farina

Voui !.. De toute façon, la question n'est pas là. La question est de savoir pourquoi, mes gâteaux, ils ont mauvaise mine. Et quand je dis mauvaise mine, je devrais dire sale gueule !

Nicolas

Vous exagérez !

Farina

Mais vous les avez vu ?.. Mes babas, rassis. Mes religieuses, en larmes. Mes meringues, molles. Et je vous parle pas de mes tartes aux abricots, une cliente, en les voyant, m'a demandé depuis quand je faisais des pizzas !.. Ecoutez, le pourquoi de tout ça, j'y ai réfléchi.. Vous savez, je suis un bon pâtissier..

Nicolas

Mais je n'en doute pas !

Farina

C'est l'horloge !

Nicolas

Quoi ?

Farina

C'est l'horloge. Elle est là, devant le magasin, et elle me nargue. Elle m'a jeté un sort.. La fourche !

Nicolas

Mais non, elle indique 11 heures moins 5, c'est tout !

Farina

Je vous dis qu'elle m'a jeté un sort. Chaque fois que je la regarde.. la fourche !.. Vous pouvez arranger ça !

Nicolas

Je passe tous les jours pour la remettre à l'heure..

Farina

Oui, mais dès que vous avez le dos tourné, crac, la fourche !.. Ecoutez, on m'a passé commande d'une pièce montée. 1 mètre 47 !.. Mais avec cette foutue horloge, je suis sur que je vais la rater !..

Nicolas

Vraiment, je ne vois pas ce que je peux faire. Je ne suis que le gardien de l'heure.. J'en parlerai à mon chef de service. Peut être trouvera t'il une solution !

Farina

Voui..

Nicolas

Je dois y aller..

Farina

Vous voulez un gâteau ?

Nicolas

Non merci !..

Farina

Oui, bien sur..

 

Nicolas s'en va..

 

Farina

1 mètre 47 !..

        il regarde l'horloge dont les aiguilles se positionnent sur 11 heures moins 5

Saloperie d'horloge !..

 

Scène 56

 

Hall..

Eloi Dumas avec un tabouret..

 

Eloi Dumas

        regardant une faute d'orthographe

Si tu crois que je vais te laisser là !

 

Il monte sur le tabouret. Il veut corriger la faute. Il tombe du tabouret..

 

Arrivée de Mme Grospierre..

 

Mme Grospierre

Mais qu'est ce que vous faites là ?

Eloi Dumas

        il s'est fait mal

Mon genou !..

 

Mme Grospierre aide Eloi Dumas à se relever..

 

Mme Grospierre

Ha, Mr Dumas, vous et vos idées biscornues !

Eloi Dumas

Poil au cul !

Mme Grospierre

Pardon ?

Eloi Dumas

        désignant un graffiti

Il y a un E au bout du cul !..

Mme Grospierre

..!!.. Mr Dumas, vous êtes pas raisonnable. Risquer de vous casser la jambe pour un E !..

Eloi Dumas

Il faut que je corrige cette faute !..

 

Son genou lui fait de plus en plus mal..

 

Mme Grospierre

Vous ferez ça demain, et sans jouer les équilibristes. Vous n'aurez qu'à fixer votre feutre rouge au bout d'un balai !..

Eloi Dumas

Ils ne savent rien. Rien de rien.. Tous ces gosses n'arriveront à rien !..

Mme Grospierre

Allez, venez, je vais vous faire un pansement..

Eloi Dumas

Oh bien sur, vous, vous en fichez, ce n'est pas vos gosses !.. Il n'empêche que votre fils, lui, était un bon élève et qu'il s'en est sorti !..

Mme Grospierre

        petit sourire triste

Oui, il s'en est sorti !.. Appuyez vous sur mon bras !..

 

Scène 57

 

Nous sommes chez Sylvie..

Se trouvent là Sylvie, Titi Pissou, Julie et Léonard..

On mange des crêpes..

Bonne humeur générale (on plaisante, on rit)..

 

Arrivée de Fred..

 

Fred

Bonjour

 

On répond à son salut..

 

Sylvie

Allez, assied toi !

Fred

Je ne voudrais pas déranger !

Sylvie

Mais non !

        à Léonard et à Titi Pissou

Et vous, tachez de lui laisser quelques crêpes. Je ne sais pas comment ces deux forbans s'y prennent, mais chaque fois que je fais des crêpes, ils déboulent ici aussi affamés que des chiens sans laisse !

Léonard

Ben, t'en fais tous les mercredis, alors !

Julie

Qu'est ce qui t'amène ?

Fred

Pauline. Ca fait quatre jours qu'elle a disparu !

Julie

Nicolas ?

Fred

Non, lui non plus est sans nouvelles !

Léonard

Ne t'inquiète pas. Pauline, elle est comme ça. Toute petite déjà, elle s'en allait, dès fois pour 1O jours. Alors, la mère et moi, on s'inquiétait et on la cherchait partout. Et puis, un jour, elle rentrait. Elle sentait l'écorce fraîche ou l'eau des rivières. Mais elle n'a jamais pu nous dire où elle allait. Faut l'accepter comme ça, mon garçon, ou alors ce serait plus Pauline !

Fred

Je sais !..

        à Titi Pissou

Tu sais que les gens parlent de plus en plus de toi. Surtout les commerçants. tu les gênes. Ils doivent s'imaginer que le temps que tu prends en plus, c'est autant qu'ils auront en moins !

Sylvie

Fichus imbéciles à penser que, le temps, c'est comme les vases communiquants !

Titi Pissou

Tu veux que je te dise, le temps, c'est comme une crêpe. Tiens, celle ci, je la mange.. Est ce que je lui ai demandé son avis ?.. Et bien, le temps, c'est pareil. On le prend et on le croque à pleines dents !.. T'as compris ?

Fred

Oui.

Titi Pissou

T'es sur ?

Fred

Oui.

Titi Pissou

        prenant une autre crêpe

Parce que, autrement, je te refais l'exemple !..

 

On rit..

Julie prend quelques crêpes et les enveloppe dans du papier..

On la regarde surpris..

 

Julie

C'est pour les frères Mochet !

 

On acquiesce de la tête..

 

Scène 58

 

Farina

1 mètre 57 !..

 

Scène 59

 

Tropano

Ben ça alors !

 

 

Scène 6O

 

Chez Lavandu..

Lavandu regarde la télé. Il n'arrête pas de zapper. Le son est toujours aussi fort..

 

Le poste, soudainement, rend l'âme..

Lavandu, affolé, tripote tous les boutons de sa télécommande.. Il tape ensuite sur le poste..

Rien n'y fait. L'image et le son ne reviennent pas..

 

Scène 61

 

Bureau de Mr le Maire..

Le Maire et sa secrétaire..

 

Le Maire

Notez..

        la secrétaire prend un bloc sténo

La question qui se pose à nous est la suivante !..  M'étant engagé, auprès de mes électeurs, à réduire de moitié la délinquance qui sévit dans les rues de Malac, comment pouvoir tenir cette promesse !..

La secrétaire

C'est facile !.. Il vous suffit de doubler le nombre des rues !

Le Maire

..!!..

 

Scène 62

 

Extérieur.

Mme Bichu sort sa poubelle..

 

Passe un homme nu, coiffé d'un chapeau melon..

 

L'homme nu

Bonjour Madame !..

Mme Bichu

..!!..

 

Elle s'évanouit..

 

Scène 63 

 

Bureau de Périclès..

Périclès et Nicolas..

 

Périclès

Dis moi, la pendule du cimetière !

Nicolas

Je l'ai faite !

Périclès

Oui, mais n'importe comment. Oh, ne dis pas le contraire, j'ai vérifié.

Nicolas

Ecoutez, cette pendule à, je ne l'aime pas. C'est vrai, elle a la diarrhée.

Périclès

La diarrhée ?

Nicolas

Oui. Elle fait des heures liquides. C'en est dégoûtant.. Je vous assure, Mr Périclès, je fais de mon mieux, mais cette pendule là..!!..

Périclès

C'est une pendule comme une autre. Diarrhée ou pas. Tu crois que je les aime, moi, les pendules ? ces foutues pendules de merde !

        lui montrant une pile de dossiers

Regarde.. Tout ça, c'est les pendules, et des dossiers comme ça, j'en ai une armoire pleine. Et tus sais ce qu'il me dit, Mr le Maire ? Tu sais ce ce qu'il me dit ? Je vous fais confiance, Périclès, mais tachez tout de même de m'arranger ça ! Et ces putains de dossiers, il les ouvre même pas. Et toi, t'arrives avec ta gueule de petite frappe, et tu me dis.. Ho non, pas celle là, elle a la diarrhée !.. Et la pendule de la rue haute ?

Nicolas

J'ai pas eu besoin de la régler. Elle était à l'heure.

Périclès

Faux. Elle avançait de 12 heures. Tu m'entends, petit con, elle avançait de 12 heures.

 

Scène 64

 

Hall.

Eloi Dumas corrige une faute d'orthographe..

Arrive l'homme nu. Il s'arrête et regarde faire Eloi Dumas (lequel lui tourne le dos)..

Eloi Dumas se retourne..

 

Eloi Dumas

Couilles ! Avec un Y !

 

L'homme nu compatît d'une petit mouvement de la tête, puis s'éloigne..

 

Scène 65

 

La réception d'un hôtel..

L'hôtelier (Mr Pluche) se trouve derrière le comptoir..

Entre un client..

 

Le client

Vous avez une chambre ?

Mr Pluche

C'est pour dormir ou c'est pour mourir ?

Le client

..!!.. Pardon ?

Mr Pluche

Je vous demande si c'est pour mourir ou pour dormir ?

Le client

Pour dormir !

Mr Pluche

Vous êtes sur ?

Le client

Oui.

Mr Pluche

        lui donnant une clé

Alors, j'ai une chambre !

Le client

Dites.. Pourquoi cette question ?

Mr Pluche

J'ai déjà eu trois suicides dans mon hôtel. Alors, je me méfie. J'en veux plus de suicides chez moi, vous comprenez. Si encore les gens se suicidaient proprement. Mais non. le dernier s'est tiré une balle dans la bouche. Et vous croyez qu'il aurait fait ça au dessus du lavabo ? Je t'en fiche, oui. Allongé sur le lit. Du sang partout, de la cervelle aussi, jusqu'au plafond, et ça part pas. Un oreiller à changer, et je vous parle pas des draps !

Le client

        voulant plaisanter

 Je vous promets une chose, si je me suicide, ce sera aux barbituriques !

Mr Pluche

Oui, mais passez au cabinet avant !

Le client

Au cabinet ?

Mr Pluche

Oui, parce que, voyez vous, quand on meurt, les muscles du sphincter se relâchent, ce qui fait que..

Le client

        l'interrompant

Oui, oui, je vois..

Mr Pluche

Vous êtes bien sûr que c'est pour dormir ?

Le client

Oui, oui..

L'hôtelier

        guère convaincu

Vouais..

 

 

Scène 66

 

Hall. Mme Grospierre prend son courrier..

Passe l'homme nu..

 

L'homme nu

Bonjour Madame !

Mme Grospierre

        sans manifester la moindre surprise

Bonjour Monsieur !

 

 

Scène 67

 

Une chambre (Nous sommes chez les Farina)..

Juliette Farina (en déshabillé) se trouve là..

Elle a le hoquet..

 

Juliette

Fichu hoquet !..

        appelant

Sébastien ! Sébastien !

Voix de Sébastien

Oui ?

Juliette

J'ai fait du café ! Tu en veux ?

Voix de Sébastien

Je veux bien !

 

Entrée de Sébastien Pichon..

(une clé à molette dans la main)

 

Juliette

Alors, ce robinet ?

Sébastien

C'est rien, juste un boulon à resserrer !

Juliette

C'est réparé ?

Sébastien

Oui.

Juliette

Ben, c'est pas trop tôt. Ca arrêtait pas de pisser. Un mois que ça durait. Et pour ce qui est de te mettre la main dessus..!!..

Sébastien

J'ai du boulot en ce moment !

Juliette

Ca a pas été trop dur ?

Sébastien

Non, non..

Juliette

Je me suis toujours demandé comment tu faisais avec ta jambe de bois ! T'arrives à la plier ?

Sébastien

Non. Mais je fais avec, question d'habitude.. On boit le café dans ta chambre ?

Juliette

La cuisine est en désordre !

Sébastien

Et ton mari ?

Juliette

Il fait dans la pièce montée. Une commande. Il en a perdu le boire et le manger. 1 mètre 47 !

Sébastien

Quoi, 1 mètre 47 ?

Juliette

Rien. Enfin, je suis contente que tu sois là. Je me demandais si tu viendrais un jour.

Sébastien

Dis moi, ce boulon, t'aurais pu resserrer toi même !..

        elle sourit..

Peut être même que, ce boulon, il s'est pas desserrer tout seul !

Juliette

Tu crois ?

Sébastien

Je crois !

Juliette

Et t'en arrives à quoi ?

Sébastien

Que je suis là, avec toi !

 

Elle sourit..

 

Juliette

        après un hoquet

Excuse moi, mais j'ai le hoquet depuis ce matin. J'ai tout essayé, mais j'arrive pas à m'en débarrasser.

Sébastien

Je crois bien que j'ai la solution.

Juliette

Ha bon ?

Sébastien

Faut retenir sa respiration le plus longtemps possible !

Juliette

Toute seule, moi, j'y arriverai jamais..

Sébastien

Peut être qu'à deux ?..

 

Il l'embrasse. Elle hoquette..

 

Juliette

Excuse moi !.. Viens !..

 

Elle l'entraîne vers le lit. Ils se déshabillent avec frénésie. Son hoquet s'est accéléré..

 

Juliette

Mais c'est pas vrai, ça fait plus d'un mois que j'attends ta visite, et le jour où tu viens, j'ai le hoquet..

Sébastien

Je saurai bien te le faire passer !

 

Il l'étreint. Elle hoquette..

 

Juliette

Mais c'est pas vrai..

Sébastien

C'est rien, c'est rien..

 

Il l'embrasse. Elle a le hoquet..

 

Sébastien

Ouille !

Juliette

Qu'est ce que tu as ?

Sébastien

Ton hoquet. Je me suis mordu la langue..

Juliette

Je suis désolée..

Sébastien

        échaudé

Ecoute, Juliette, je repasserai un autre jour. Là, c'est pas possible..

Juliette

Je sais pas quoi te dire..

Sébastien

        se rhabillant

De toute façon, il fallait que j'y aille. J'ai le frigo de la veuve Grospierre à réparer. Allez, à plus tard !

 

Il s'en va..

 

Juliette

        après un hoquet

Et merde !

 

Scène 68

 

Extérieur.

Tropano. Il s'allume une cigarette..

Passe l'homme nu..

 

L'homme nu

Bonjour Monsieur !

 

Tropano le regarde s'éloigner. Il donne l'impression qu'il va dire "Ben ça alors".. mais il ne dit rien et tire sur sa cigarette comme de rien n'était.

 

Scène 69

 

La chambre de Pauline.

Pauline et Nicolas. Ils sont couchés..

 

Pauline

Quand j'étais petite, du temps où je sautais à la corde, je venais souvent au parc Branchemont. C'est là que j'ai connu un vieux Mr au visage triste comme une vieille affiche. Il venait s'asseoir sur un banc près de la statue. celle qui représente une femme nue. Le vieux Mr s'asseyait donc là et, d'un  air absent, il jetait des miettes de pain aux pigeons. Il parlait tout seul aussi. Et à mesure qu'il parlait, la tristesse de son visage fondait. Et puis, un jour, je me suis approchée et c'est comme ça que je me suis aperçue que le vieux Mr parlait à la statue. Elle lui disait qu'elle était belle, qu'elle avait de mignons petits seins pointus, un joli ventre avec un nombril à rêver. Oui, il lui parlait. Et sa voix était gentille comme du papier de soie. Forcément, la statue ne lui répondait pas. mais, lui, ça le gênait pas. Et il continuait à lui parler de son grand amour. Et puis, un jour, il n'est plus venu, et le lendemain, il n'était toujours pas là. je n'ai appris que plus tard qu'il était mort, renversé par un vélo alors qu'il venait au parc. Un jour que je sautais à la corde sous la statue, j'ai reçu une goutte d'eau sur la tête, et puis une autre. J'ai levé les yeux et j'ai vu que la statue pleurait. Oui, elle pleurait parce qu'un vieux Mr amoureux d'elle ne venait plus. Il y avait deux traces brillantes sur ses joues de pierre..

 

 

Scène 7O

 

Charcuterie..

La charcutière (une femme imposante) coupe un chapelet de saucisses avec son hachoir..

Léonard se trouve là comme client..

 

Il est bien évident que vu la façon dont  la charcutière se sert de son hachoir (elle ponctue toutes ses phrases en abattant son instrument sur les saucisses), il ne viendrait à l'idée de personne de s'attaquer à elle. C'est visiblement ce que pense Léonard, lequel est par ailleurs impressionné (pour ne pas dire effrayé) par la façon d'être de la charcutière..

 

La charcutière

Moi, voyez vous, avec toute cette délinquance, j'ose plus sortir le soir. Bon, vous, vous êtes un homme, c'est différent. Mais moi, pauvre femme, vous imaginez si on m'attaquait  !.. Mme Martin, vous la connaissez, et bien y a un voyou, non seulement il lui a pris son porte-monnaie, mais en plus il lui a montré son sexe !.. Non mais vous vous rendez compte ?.. Moi, un truc comme ça, et je m'évanouis !..

         voyant Sébastien le visage défait

Ca va pas, Mr Léonard ?

Sébastien

Si, si..

 

Scène 71

 

Un palier..

Mr Lavandu (un vieux Mr).. Il regarde par le trou d'une serrure..

Arrive Mme Martin

(Mr Lavandu ne la voit pas arriver)

 

Mme Martin

Ha ça, Mr Lavandu, qu'est ce que vous faites là ?

Lavandu

        surpris et gêné

Heu..

Mme Martin

Vous regardez dans les trous de serrure ?

Lavandu

Je.. Ce n'est pas du tout ce vous croyez !

Mme Martin

Tiens donc !.. Si je crois ce qu'on m'en a dit, ce n'est pas la première fois qu'on vous surprend ainsi.. Jouer les voyeurs à votre âge !

Lavandu

Laissez moi vous expliquer. Ma télé est tombée en panne. Mais je n'ai pas assez d'argent pour la faire réparer. Alors, depuis..!!..

Mme Martin

Vous la regardez chez les autres ?

Lavandu

Oui.. Enfin non !.. Je.. J'ai besoin de m'intéresser à quelque chose, vous comprenez ?.. Je ne fais rien de mal, je regarde, c'est tout. Je vais d'une porte à l'autre, et..!!..

Mme Martin

Vous changez de chaîne à chaque trou de serrure, quoi ?

Lavandu

Voui, c'est un peu ça !

Mme Martin

        dure

Vous et vos sales manies !.. Vous immiscer ainsi dans la vie des gens !.. Mais tout a une fin, Mr Lavandu ! Va falloir trouver autre chose ! Dès demain, toutes les serrures vont être équipées d'un verrou !.. Vous le saviez ? Non ? Et bien je vous l'apprends !.. Un verrou moderne avec un cache !.. Et oui, désolée pour vous, Mr Lavandu !.. Mais pour ce qui est de voir quelque chose avec ces nouvelles serrures, impossible !.. Je ne vous salue pas, Mr Lavandu !..

 

Elle s'en va..

Mr Lavandu se met à pleurer..

 

Scène 72

 

 La statue..

Mme Durand et Mme Dupont..

 

Mme Durand

Vous savez pas la dernière ?

Mme Dupont

Non..

Mme Durand

Titi Pissou !

Mme Dupont

Il est mort ?

Mme Durand

Non. Mais il parait qu'il veut mourir !

Mme Dupont

Il serait bien temps !

Mme Durand

Il demande à tout le monde comment il faut faire. Même qu'il s'entraîne. Il s'allonge sur le dos, ferme les yeux, joint les mains sur la poitrine, et retient sa respiration !

Mme Dupont

Et ça donne quoi ?

Mme Durand

Il s'endort !.. A propos, vous l'avez ?

Mme Dupont

Voui.. Et c'est du bon, pas de la pelouse, du gazon, je l'ai pris dans le jardin de la mairie !..

 

Elle sort de son sac un petit morceau de gazon..

 

Les deux femmes regardent autour d'elles afin de s'assurer que personne ne les regarde..

Elles appliquent le gazon sur le bas ventre de la statue (petit triangle de gazon afin de figurer les poils du pubis).. puis s'éloignent en ricanant comme des gamines !..

 

 

Scène 73

 

 Pâtisserie de Farina..

Farina, le Dr Larédo..

 

Larédo

        paquet de gâteaux à la main

Ce n'est pas que je sois choqué par le principe, mais tout de même. Qu'un entrepreneur de pompes funèbres se plaigne, à juste titre d'ailleurs, de n'avoir que très peu de contacts avec sa clientèle, je veux bien l'admettre. Mais de là à palier à cet état de fait en accrochant au dessus du magasin une enseigne lumineuse "Entrée libre", non, là, c'est trop !.. Et elle clignote !.. Ha, je vous jure, nous vivons une drôle d'époque. Schizophrénie galopante.. Tenez, même moi, il m'arrive d'en frémir !.. Je vous dois combien pour les meringues ?

Farina

1 mètre 47 !..

Larédo

..!!..    

        il est pris d'un "frémissement"..

 

Scène 74

 

Hall

Tropano ventile le courrier dans les boites à lettre..

Son travail termine, il s'en va..

 

Mr Lavandu (caché, il a attendu le départ de Tropano) s'approche..

Il regarde dans les trous de serrure des boites à lettre..

 

Scène 75

 

 Chez Mme Grospierre..

Mme Grospierre et Eloi Dumas..

Eloi Dumas est devant la fenêtre. Il regarde dehors..

 

Mme Grospierre

        servant le thé

Qu'est ce que vous faites ?

Eloi Dumas

Tous ces gens, dehors, je les raie !

Mme Grospierre

Pardon ?

Eloi Dumas

je les raye de ma mémoire. J'en ai déjà rayé des centaines. Ils y passeront tous. Trop de fautes, trop ignorants. Il ne connaissent rien de rien. Alors, je les raie !